Transverses : inten(c)ité

Transverses : Vagues par Noé Soulier © José Caldeira

Temps fort de la Cité musicale de Metz dédié à la création contemporaine, Transverses sort des cadres, en quête de nouvelles sensations.

Un festival de projets inclassables, pour rendre compte des chemins de la création de plus en plus atypiques et interdisciplinaires empruntés par les artistes aujourd’hui. Au croisement de la danse contemporaine, du théâtre, de la musique expérimentale et de la performance, Transverses ouvre sa seconde édition à huit détonantes propositions, qui toutes conjuguent l’expérience sonore avec l’immersion. En prenant pour titre de son hypnotique spectacle un vers célèbre de T.S. Eliot, Florentin Ginot, musicien à l’origine du percutant Dead trees give no shelter (“Les arbres morts n’offrent aucun refuge”, 21/01 à L’Arsenal), donne d’emblée le ton. Les danseurs, emmenés par Soa Ratsifandrihana, évoluent dans une imposante structure verticale de six mètres de haut. Implantée au centre du plateau, elle s’érode peu à peu, se délite et se démantèle au rythme de la contrebasse amplifiée de Ginot et des machines analogiques d’Helge Sten – figure de la dark ambient norvégienne, dont le son monte en puissance jusqu’aux limites de l’audible. Ici, la musique vrombissante s’écoute avec le corps, déferle sur le public, disloque les parois du décor et fléchit les mouvements syncopés de Julie Richalet et Germain Zambi, grand spécialiste du krump. La tension musculaire est à son comble, tout comme sur la scène des Vagues (19/01 à L’Arsenal), adapté du roman de Virginia Woolf par le chorégraphe Noé Soulier. Tels des projectiles lancés au coeur de la tempête, les six interprètes voient leur gestuelle criblée par les percussions âpres jouées en direct par Tom De Cock et Gerrit Nulens de l’Ensemble Ictus. Impulsions, poussées, évitements et brusques arrêts. Les membres se cabrent, les trajectoires se heurtent, se brisent ou bifurquent dans une intensité que seules les séquences textuelles piochées dans l’oeuvre de Woolf, déclamées tout en douceur, viennent relâcher à intervalles réguliers.

Autre expérience forte : Bach to 3D (18/01 à L’Arsenal), de la Nantaise Soizic Lebrat, improbable re-composition cubiste et en trois dimensions de la première Suite en sol majeur pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach, à écouter casque vissé sur les oreilles pendant que, sur scène, dans la pénombre, trois violoncellistes et une performeuse preneuse de son atomisent et démultiplient la familière partition. Ne manquez pas non plus les tribulations virtuoses du violoncelliste Gaspard Claus (19/01 aux Trinitaires), les installations lumino-electro-soniques de la Compagnie Hörspiel (Buzz and Bulbs, 10/01 aux Trinitaires) ou encore les métaphysiques aventures en terres amérindiennes de l’ensemble vocal Les Métaboles. Revisitant le répertoire hors du commun du compositeur canadien Raymond Murray Schafer, qui conçoit ses oeuvres comme des paysages sonores, Léo Warynski et ses acolytes emportent le public dans une soirée mystique et magique (Vox Naturae, 12/01 à L’Arsenal).


À L’Arsenal et aux Trinitaires (Metz) du 10 au 21 janvier
citemusicale-metz.fr

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