La 13e édition des Talents contemporains de la Fondation François Schneider explore les transformations causées par l’eau.
Après les Territoires mouvants, le concours défricheur d’artistes internationaux Talents contemporains, lancé par la Fondation François Schneider en 2011, s’intéresse à la thématique de la Métamorphose. Prenant toujours l’eau comme fil rouge dans leurs œuvres, sept nouveaux lauréats révèlent des travaux allant de la vidéo à la peinture, en passant par des créations en fibres végétales. Le designer d’origine indienne Suhail Shaikh, aujourd’hui installé en Ardèche, présente par exemple La délicate légèreté de l’être (2017), impressionnante sculpture en papier de trois mètres de diamètre. Retenus par un fil quasiment indiscernable, une succession de minces cercles concentriques forment une goutte géante se reflétant dans un bassin. Ainsi mis en dialogue, les deux éléments rappellent leur étroite connexion – l’eau est nécessaire à la fabrication du papier –, tout en soulignant la possibilité, pour le premier, de détruire le second d’un simple remous.
Cette notion d’interrelation est également au cœur des autres projets, notamment des Abris documentaires – aquatilis (2022) d’Élise Grenois. L’ancienne étudiante de la Hear n’est pas une inconnue de l’institution – il y a dix ans, durant sa formation, elle a participé à l’exposition Plongeons (voir Poly no 186 ou sur poly.fr) – et donne à voir une série d’animaux marins peu communs. Si leur forme ne laisse aucun doute – on reconnait parfaitement poissons, araignée de mer, oursins ou pinces de crabe –, leur composition soulève en revanche bien des interrogations. En ajustant la technique de la cire perdue – procédé de moulage permettant de construire des objets en métal ou en verre à partir de modèles en cire –, elle utilise de véritables carcasses d’animaux morts, passés au four à verre. Sous l’effet de la chaleur, seuls la cendre et les os subsistent ; le cristal, fondu, prend alors la place de la chair calcinée. Entre destruction et conservation, les réalisations questionnent avec audace mémoire, cycle de la vie, éphémère et éternité. Du côté d’Aurélie Scouarnec, action humaine, nature et faune sauvage inondent sa série photographique Feræ (2021), immortalisant avec finesse les gestes de soigneurs guérissant, nourrissant et nettoyant les plaies de bêtes blessées. Enfin, le diptyque sur toile de coton Perdre Pied (2023) de la Suissesse Pascale Ettlin plonge le spectateur dans un univers onirique où les ondulations des vagues, charmeuses de prime abord, deviennent inquiétantes et brouillent étrangement nos repères, tandis qu’au premier plan, une petite fille joue innocemment sur une balançoire.
À la Fondation François Schneider (Wattwiller) jusqu’au 29 mars
fondationfrancoisschneider.org



