Les nouveaux illusionnistes

Olivier de Sagazan, La Messe de l’Âne © Dominique Le Reste

Pour sa 21e édition, le Festival mondial des Théâtres de Marionnettes (FMTM) poursuit son exploration de cet art populaire en réunissant trois générations d’artistes.

Fondé il y a 60 ans le FMTM est devenu le grand rendez- vous du genre, mêlant pointures internationales, défricheurs repoussant les limites d’un art pluridisciplinaire par excellence et jeunes pousses. Au programme de cette cuvée 2021 composée par Pierre-Yves Charlois, 104 spectacles de 16 pays couvrant « toute la diversité marionnettique mondiale, dans une variété de techniques, de formes et d’adresses afin qu’il y en ait pour tout le monde. » Des pionniers du Turak avec ses masques (7 sœurs en Turakie), Claire Heggen et son Théâtre du Mouvement (L’Inventaire animé) ou Neville Tranter (Ubu), à la relève par Yngvild Aspeli (Moby Dick) et Bérangère Vantusso (Bouger les lignes), jusqu’à une “nouvelle vague” incarnée par Lou Simon (Sans humain à l’intérieur) et Laura Elands (Racines du ciel). Pour atténuer à son échelle l’impact de la Covid, le tout nouveau directeur du festival a aussi estimé de son « devoir de programmer un maximum de compagnies émergeantes, tant elles ont été fauchées en plein vol par la fermeture des lieux culturels. »

Magie & fantastique
De nouvelles voies sont empruntées, à l’instar d’un temps fort dédié à la magie nouvelle et au fantastique. Yôkaï, dont le nom renvoie au surnaturel, crée à Charleville-Mézières Magical Mystery Talks (24 & 25/09, dès 11 ans). La compagnie rémoise portée par Violaine Fimbel poursuit son exploration de l’invisible en mariant effets spéciaux adaptés du cinéma, marionnettes et magie pour, dans une pénombre inquiétante et pleine de fumée, faire naître des apparitions. Rendez-vous est donné en la Basilique Notre-Dame-d’Espérance autour d’une table ronde, à minuit, avec des invités ni tout à fait pré- sents, ni tout à fait absents ! Étienne Saglio et sa Cie Monstre(s) nous emportent dans l’univers du cabaret traditionnel avec Goupil et Kosmao (21 & 22/09, dès 5 ans). L’inoubliable dresseur de fantômes des Limbes se plait ici à déjouer les codes : l’assistant du magicien n’est autre qu’un renard taxidermisé, le Goupil rebelle de son dernier conte cruel, Le Bruit des loups (27 & 28/01/22, Théâtre Equilibre de Fribourg, Maillon de Strasbourg, 09-12/06/22). Dérapage programmé et surprises en tout genre que ne renieraient pas le Groupe Zur (pour Zone utopiquement reconstituée). Spectacle immersif de vraie-fausse magie pour spect’acteurs et manipul’acteurs, Rue d’Orchampt (18 & 19/09) a été imaginé comme un entre-sort, version new-look des baraques foraines où étaient exposés les monstres. Le public y découvre le champ et le hors champ de l’intérieur d’une maison dans laquelle des personnages apparaissent des miroirs ou des tableaux quand ce n’est pas un oiseau imaginaire qui se matérialise sur du sable qui s’écoule… Une porte dérobée permet de basculer, ensuite, de l’autre côté de ce décor avec la partie “atelier” de la scénographie. Le spectateur est invité à fabriquer, à son tour, les images magiques de la première salle qu’il incarne en temps réel. Enfin, ne manquez pas la relecture venue de Russie de La Reine des Neiges. Avec Gerda’s Room (18 & 19/09, dès 10 ans), conte d’horreur lyrique inspiré des textes de Rilke et Andersen, le Théâtre Osobnyak se produit pour la première fois en France. Il condense toute la quête de la recherche de Kai dans une chambre. Gerda y joue seule avec sa mémoire, sans voir le temps passer. Folie ou imaginaire, voyage intérieur ou enchantement d’un monde, à chacun de trouver son chemin.


Performance & curiosité
Ceux qui pensent encore que l’art de la marionnette ne s’adresse qu’aux enfants prendront une sacré claque en découvrant la proposition queer de Johanny Bert. Hen (19-21/09, dès 14 ans), pronom suédois signifiant à la fois “il” et “elle”, est le prénom d’une marionnette chanteuse. L’effrontée rend un hommage contemporain aux renversements des mœurs et à l’irrévérence des cabarets berlinois. La mutation corporelle de cette diva de bois et de latex, portant talons aiguilles de manière virilement sexy, apostrophe la norme et envoie valser tous les conservatismes façon Brigitte Fontaine. Tout aussi provocant, Olivier de Sagazan use comme à son habitude de l’argile. Dans La Messe de l’Âne (20 & 21/09), le plasticien français explore la monstruosité et l’informe, la bestialité et l’humanité avec cinq autres interprètes qui l’accompagnent et sculptent des visages, des figures. De la salle d’opération d’un savant fou à une scène politique véreuse, les masques tombent et chacun tente de se forger une identité.


Dans différents lieux de Charleville- Mézières, du 17 au 26 septembre
festival-marionnette.com

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