Prendre le risque de chavirer avec le Champ des possibles

LCDP © Guillaume de BAUDREUIL

Virginie Marouzé et Guillaume de Baudreuil ouvrent Le Champ des possibles avec des balades improvisées unissant comédiens professionnels de la compagnie Tout va bien ! et en situation de handicap de La Mue du Lotus.

Il n’existe en France qu’une poignée de troupes professionnelles de comédiens en situation de handicap à côté des historiques Théâtre de l’Entresort ou de L’Oiseau-Mouche. C’est à l’occasion d’un atelier amateur il y a une vingtaine d’années que Virginie Marouzé, directrice artistique de la compagnie Tout va bien !, se lance dans l’aventure. « En dix minutes, toutes mes propositions avaient été bazardées, c’était la séance la plus déstabilisante de ma vie. J’étais en panique avec mes outils de théâtre mais j’ai immédiatement eu envie, sans pouvoir tout de suite dire pourquoi, de cheminer avec cette capacité à tout remettre en cause tout le temps », se souvient-elle.

Depuis 2018, elle s’occupe des volets artistiques et de production de La Mue du Lotus, qui réunit douze acteurs en Meurthe-et-Moselle, adossée au Caps de Rosières-aux-Salines, un établissement et service d’aide par le travail gérant l’accompagnement social. Le projet vise à professionnaliser dix à douze comédiens en situation de handicap mental (trisomie, autisme…) et psychique (schizophrénie…). « La mixité y est immensément riche car voisinent des personnes ne sachant ni lire ni écrire et un ingénieur de formation de 59 ans. Il faut s’adapter aux possibilités de chacun tout en bénéficiant de l’effet moteur du groupe et de l’exigence de la création. » La complexité de l’accompagnement n’est pas si différente de celle des acteurs de Tout va bien !, elle exige simplement beaucoup plus de temps, de monde et de manières de faire inventées sur-mesure. « La singularité forte des comédiens en situation de handicap fait tanguer un peu plus fort le bateau du spectacle vivant. Les émotions et les corps prennent des chemins de traverse surprenants et déroutants, qui obligent à sortir des rythmes habituels de création : il y a plus de recherche au quotidien, le spectacle n’est pas la finalité mais une étape montrée d’une recherche au long cours éclatant les paradigmes. »

Leur nouvelle création, Le Champ des possibles, se base sur des improvisations dans l’espace public. Un « pari fou » pour le scénographe et co-metteur en scène Guillaume de Baudreuil que de les « faire nous emmener dans leur univers, de réussir à ce qu’ils posent leurs corps et leurs émotions dans leur bizarrerie, en des lieux inhabituels où n’importe quoi peut arriver ». Si la forme de balades est figée en solos ou duos, leur articulation n’a de cesse de se recomposer à chaque fois. Après le passage d’une porte symbolique, les acteurs choisissent le lieu de leur arrêt improvisé. « On touche un endroit de jeu frôlant le réel, l’instant et l’inédit qui tordent les choses, les envies, les regards », confie-t-il. Et Virginie de conclure : « Cette troupe permanente a dû apprivoiser une grande liberté, apprendre à écouter les espaces pour dessiner ensemble les dynamiques de chacun, leurs forces et délicatesses qu’ils livrent sans artifices. »

Le Champ des Possibles © Guillaume de BAUDREUIL

Au Centre de création ouvert aux arts en campagne (Montiers-sur-Saulx) les 16 et 17 septembre (en partenariat avec l’ACB – scène nationale de Bar-le-Duc), au Parc du Charmois (Vandœuvre-lès-Nancy) les 23 et 24 septembre (avec le CCAM) et à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Champenoux) le 2 octobre (en partenariat avec Scènes et Territoires)
cietoutvabien.com

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