La mue du musée

Salles XVIIe © Musée des Beaux-Arts de Dijon © Bruce Aufrere / TiltShift

Après de longs travaux, le Musée des Beaux-Arts de Dijon ouvre à nouveau ses portes au public le 17 mai. Visite dans un établissement qui a su trouver un juste équilibre entre tradition et contemporanéité.

Initié en 2001, le chantier de rénovation du Musée des Beaux-Arts de Dijon – un des plus anciens et des plus riches de l’Hexagone – est un projet pharaonique dont les chiffres donnent le vertige : un budget total de 60 millions d’euros pour 35 mois de travaux mobilisant 26 entreprises. Rajoutons que 2 000 tonnes de pierres ont été travaillées, 1 000 tonnes de bois utilisées, tandis que 90 tonnes de déblais étaient évacuées quotidiennement au plus fort du chantier et que 160 000 ardoises furent taillées sur place pour remplacer les anciennes.

La Ville

Fondée au XVIIIe siècle, cette institution entre de plain-pied dans le XXIe tout en respectant la riche histoire du bâtiment où elle est installée débutant vers 1365 avec l’érection du Palais qui était la résidence des Ducs de Bourgogne. Et David Liot, directeur des Musées et du Patrimoine de la Ville de résumer l’essence de cette mutation : « Le mot clef est le dialogue. Le Musée est désormais largement ouvert sur la cité : le dedans et le dehors dialoguent. Il y a des échappées belles sur le paysage, des correspondances visuelles fortes. » Élément structurant de l’espace urbain de Dijon, le Palais va voir sa place renforcée, la Cour de Bar devenant un véritable lieu de vie, « une agora » permettant à chacun d’aller de place en cour. Menée par un tandem composé de l’architecte Yves Lion – maître d’oeuvre du projet – et Éric Pallot, architecte en chef des Monuments historiques (pour la restauration des façades et des espaces historiques), la mue s’est opérée en deux temps. Au cours de la Phase 1 (2008-2013) ont été dévoilées les 14 salles du parcours Moyen-Âge et Renaissance ainsi que la Cour de Bar chapeautée par un toit doré, élégante intervention contemporaine. Avec la Phase 2 (initiée en 2015) qui va s’achever dans quelques semaines le processus se termine avec notamment l’ajout d’une extension vitrée donnant sur la rue Longepierre et la place de la Sainte-Chapelle et la possibilité d’accéder dans tous les espaces de la Tour de Bar.

Le musée

Pour sa part, le parcours muséographique fait de 50 salles (soit plus de 4 200 m2 dédiés aux collections et aux expositions temporaires) a été totalement repensé. « Il fait dialoguer les périodes chronologiques des oeuvres et celles de construction de l’architecture où elles sont installées, de même que les domaines de création entre eux, puisque se rencontrent peintures, sculptures ou encore arts décoratifs », résume David Liot. Ajoutons que de nombreuses oeuvres ont été restaurées à cette occasion comme le plafond peint par Pierre-Paul Prud’hon à la gloire du Prince de Condé, en 1787, dans la Salle des Statues qui retrouve sa configuration d’origine. Il est possible « de s’y projeter dans le passé et de rêver le musée tel qu’il avait pu être à ses origines. » Et ce n’est pas tout, puisque les 1 500 pièces accrochées bénéficient d’une scénographie repensée « avec un nouveau rythme et une lumière étudiée avec soin. » L’occasion de (re)voir des chefs-d’oeuvre allant de l’Antiquité – avec une série unique de onze portraits funéraires du Fayoum – à aujourd’hui. Parmi eux, l’austère Portrait de Femme de Lorenzo Lotto, le délicat Souffleur à la lampe de Georges de La Tour, une éblouissante vue d’Étretat de Claude Monet ou encore Le Cantique des cantiques de Gustave Moreau. À l’occasion de cette réouverture, Yan Pei-Ming (qui vit à Dijon) a été invité à investir le Musée avec l’exposition L’Homme qui pleure (17/05-23/09) : une cinquantaine d’immenses toiles entrent en résonance avec les collections dans un processus où le drame intime rencontre les grands événements révélant ce que l’artiste nomme « la transcendance de l’énergie picturale. » Dans la Salle des tombeaux des Ducs de Bourgogne, un triple portrait de sa mère dialoguera, par exemple, avec les cortèges de pleurants de l’époque de Philippe le Hardi.


Le Musée des Beaux-Arts de Dijon rouvre ses portes vendredi 17 mai (entrée libre)

beaux-arts.dijon.fr

vous pourriez aussi aimer