Into the void

László Zsolt Bordos, Umbra triplicata © ZKM | Center for Art and Media Karlsruhe. Photo : Felix Grünschloss

Avec Negative Space, le ZKM, Centre d’Art et des Médias de Karlsruhe, dédie ses immenses espaces à la sculpture moderne et contemporaine.

Quand en 1986 le Centre Pompidou organise l’exposition d’anthologie Qu’est-ce que la sculpture moderne ?, le ZKM n’existe pas encore. Avec Negative Space, l’institution dirigée par Peter Weibel, reprend le flambeau de cette question, comblant plus de trois décennies de création dans une invitation grandiose – plus de 200 pièces présentées – à relire l’histoire de cet art protéiforme. Les lames en quinconce faites d’acier Corten à l’aspect de rouille ocre de Richard Serra1 (Siamese) nous accueillent, tranchant avec le béton ciré du sol et les immenses parois blanches des lieux. Comme un écho à une définition de la sculpture qui la réduirait à une question de masse, de volume et de gravité. Mais l’œuvre ouvre déjà sur la notion – devenue centrale au cours du XXe siècle – d’espace, partant de chaque angle d’une pièce dont elle révèle le volume, dont elle contraint l’accès comme un obstacle autant qu’elle donne sens à notre confrontation à l’objet et à ce qu’il induit de force et d’étrange légèreté. Les contours, le vide et la lévitation – sans oublier la virtualité, la cinétique et l’éphémère – sont les maîtres mots d’une discipline échappant à tout carcan. Imposer une forme, c’est donner corps au vide, le matérialiser avec l’humour d’Erwin Wurm (22° Room Temperature). La lumière permet des jeux de déformation / révélation : Las Puertas a la Nada de Mathias Goeritz, les carrés de László Zsolt Bordos dont les ombres projetées révèlent des volumes 3D jusqu’aux ultra contemporains néons lézardant l’espace comme une émulsion digitale signée Kimchi and Chips (Line Segments Space).

Pae White, An Allegory of Air: Too full to say Too, 2017, © Courtesy Pae White and Neugerriemschneider, Berlin © Photo Jens Ziehe, Berlin

Les artistes revisitent aussi le miroir avec leur agencement et le traitement de leurs faces qui permettent des trouvailles optiques à l’instar de l’Islamic mirror d’Anish Kapoor où le regardeur, avançant ou reculant, active l’œuvre. La vertigineuse Infinity Room de Refik Anadol ressemble à une subtile immersion en plein grands fonds marins. Dans une pièce obscure, Adolf Luther a lui installé d’hypnotiques miroirs argentés et concaves dont les rotations, associées à la fumée ambiante, créent des cylindres en forme de sabliers que ne renierait pas Anthony McCall (Fokussierender Raum). Pae White2 revisite le mobile suspendu avec un titre joueur (An Allegory of Air: Too Full to say too), donnant vie comme Yasuaki Onishi, à l’impalpable et l’invisible avec ses ballons cylindriques se gonflant lentement à la verticale. Il est même possible de s’amuser avec les Silver Clouds de Warhol. Avec deux bandes magnétiques en lévitation grâce à quelques ventilateurs, Žilvinas Kempinas offre un Flux aux mouvements aussi aléatoires que captivants, preuve que la simplicité des formes (les multiples rondeurs abstraites d’Henry Moore ou la plaque de verre plantée dans le sol, pleine de gouttes de pluie, d’Àngels Ribé) amène une poétique sans pareille.


Au ZKM (Karlsruhe), jusqu’au 11 août

zkm.de

1 Lire De la simplicité des formes dans Poly n°141 ou sur poly.fr
2 Voir Poly n°202 ou sur poly.fr

vous pourriez aussi aimer