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Esprit vieille et Anti-magie : zoom sur les deux pièces des nouveaux diplômés de l’École du TnS

Esprit vieille, Éléonore Barrault © Jean-Louis Fernandez

Éléonore Barrault et Juan Bescós donnent Esprit vieille et Anti-magie, pièces explorant respectivement la sensation de la vieillesse et la mélancolie adolescente.

Tout juste diplômés de l’École du Théâtre national de Strasbourg, les jeunes metteurs en scène Éléonore Barrault et Juan Bescós se sont entourés de leurs camarades du Groupe 49 pour créer, en mai dernier, deux spectacles de fin d’année entièrement pilotés par leurs soins – des costumes aux décors, en passant par le jeu, la régie ou la dramaturgie. C’est d’ailleurs la particularité de ces performances, dont la mise en scène est d’ordinaire confiée à un artiste extérieur. Dans Esprit vieille, Éléonore Barrault s’interroge sur cette expression, tout droit tirée d’un échange entre l’artiste Leonora Carrington (1917-2011) et son éditeur : « Si les jeunes me disent maintenant que j’ai l’esprit jeune je m’offense – j’ai l’esprit vieille », partageait-elle alors. « Quand on dit « vieillesse », on pense souvent aux personnes de 60 ans et plus, alors que le vieillissement est davantage un processus », explique la metteuse en scène. « Notre petite troupe, qui a entre 23 et 30 ans, s’intéresse à ce que ça veut dire, vieillir, dans la société, dans notre intimité, et aux lieux que l’on a. » En questionnant sa propre inquiétude, la jeune femme donne corps à cette notion en tentant de la séparer de son inextricable lien avec la mort. C’est donc au cours d’une grande fête que les six interprètes célèbrent la vie, au cœur d’un espace mouvant où se devine le lent passage du temps – intérieur aux murs décrépis, vieux rideaux, miroirs poussiéreux – et qui interroge, à son tour, le rôle de la maison comme témoin du déclin.


Le foyer occupe également une place fondamentale dans Anti-magie. Avec une esthétique gothique mariant émo et punk, Juan Bescós revisite cette thématique, abordée au cours de ses études sous le prisme d’un lieu de domestication et de domination. Ici, elle se voit renversée et devient plutôt une « contre-maison » : un endroit où se réfugie la figure adolescente de notre histoire, en quête d’expérimentation collective. Divisée en quatre parties, l’intrigue se déroule dans la chambre de notre protagoniste, parfait endroit pour exprimer ses tournoiements. Si quelques éléments du décor se voient affinés, le changement majeur de cette version réside dans l’hybridation entre deux personnages : une façon « de finaliser la pièce telle qu’on la rêvait », confie l’auteur. Et de poursuivre : « Nous essayons de pousser les curseurs et d’aller jusqu’au bout de notre geste, trouvant le courage nécessaire pour déployer une poétique de l’étrange, de l’obscurité et de la vulnérabilité. » En se demandant ce que la société a fait de la jeunesse et de ses corps, il met en résonnance l’ado triste avec un univers sombre et occulte où cuir, résille et perruques goth sont l’apparat de créatures androgynes irréelles. Ces anges noirs s’accaparent le plateau et deviennent la porte d’entrée pour mener un rituel intime et subversif, créant un monde parallèle loin du cynisme ambiant… complètement fou et utopique, certes, mais parfaitement accueillant.


Au Théâtre national de Strasbourg du 2 au 10 octobre (Esprit vieille) et du 8 au 16 octobre (Anti-magie)
tns.fr

> Rencontre avec les artistes samedi 10 octobre (11h30)

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