Espace Apollonia : À l’image et à la dissemblance

© Tanya Tur

Avec À l’image et à la dissemblance, photographes et vidéastes, russes, polonais, bulgares, etc. arpentent les mondes slaves, entre passé qui ne passe pas et enjeux présents.

Enchâssée au coeur du festival Arsmondo de l’Opéra national du Rhin, cette exposition ressemble à une circumnavigation autour des mondes slaves – la thématique de l’événement –, sorte d’enquête en quête d’une identité aux contours multiples. On déplore qu’une palanquée d’artistes ukrainiens se soit retirée à la dernière minute ! Représentants de l’école de photographie de Kharkiv, qui émergea dans les années 1970, en opposition aux canons du réalisme socialiste, ils ne voulaient pas exposer aux côtés de plasticiennes russes… pourtant opposantes à Vladimir Poutine. Bienvenue en absurdie !

Espace Apollonia :  Katia Kameneva, collectif Quatrième Hauteur
Espace Apollonia : Katia Kameneva, collectif Quatrième Hauteur

En parcourant les salles, apparaissent des invariants stylistiques, comme la souffrance des corps : ainsi la série Lady (2018) a été inspirée à Agata Zbylut par une visite dans un institut d’esthétique proposant des traitements variés : botox, hydratation à l’acide hyaluronique, comblement des rides ou encore lifting par fils tenseurs résorbables… Comme un cobaye, elle s’est lancée : ses clichés montrent les stigmates laissés par de telles interventions. Voilà critique féministe des rituels contemporains de la beauté entre honte et désir, pour obtenir un corps parfait et tendre vers la jeunesse éternelle ! Il s’agit également d’une autre manière de montrer que la Pologne a irrémédiablement basculé dans le camp de la modernité capitaliste, laissant derrière elle son passé socialiste, et de critiquer les dérives de cet arrimage de cinglante manière. Ailleurs, les êtres sont corsetés (Tasha Katsuba, dont le titre d’une des séries est un programme en soi : Le Corps comme objet insaisissable, 2021), cachés – les masques énigmatiques de Tanya Tur – ou complètement fragmenté, comme chez Marianna Glynska. Ces atteintes esthétiques à l’intégrité physique illustrent la douleur qui irrigue cette zone géographique, douleur souvent présentée d’ironique manière et plongeant ses racines dans un passé qui ne passe pas. L’ombre de l’ogre soviétique plane ainsi sur les images de Katia Kameneva et du collectif La Quatrième Hauteur, compositions clinquantes et parodiques questionnant les “valeurs” de l’URSS en général et la place tenue par la femme en particulier. Au final c’est pourtant Close Acquaintance (2002-2004), une série du photographe polonais Paweł Żak, qui résume le mieux l’affaire : une personne, lui-même, se regarde dans un miroir, où il se reflète tout différemment, mettant en exergue l’impossibilité de cerner l’insaisissable.


À l’Espace Apollonia (Strasbourg) jusqu’au 4 juin
apollonia-art-exchanges.com
operanationaldurhin.eu

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