Dans le grand bain

Jules Migonney « Le Bain maure » (inv.n°993.9) Huile sur toile dimensions avec cadre 116,5 x 199.5 cm

Exposition retraçant une histoire culturelle des bains, Corps. Regard. Pouvoir. inonde Baden-Baden d’un puissant flot artistique.

Réalisée en partenariat avec le Mucem1, cette exposition essaime dans toute la cité thermale (notamment au Stadtmuseum), et permet de « questionner la pratique du bain au fil de l’Histoire et des Arts, explorant ses liens avec la religion, l’intimité, l’hygiène ou encore les pratiques sociales », résume Camille Faucourt, une de ses commissaires. Au fil des sections (Orientalismes, Antiquité…), se déploient des pièces comme un délicat flacon à khôl algérien du XIXe siècle où des oiseaux d’argent jouent avec des billes de corail. S’y trouvent aussi des vues des Thermes de Caracalla signées Viollet-le-Duc ou encore un bel échantillon de vases grecs à figures rouges montrant l’importance du rituel du bain, accompagné d’un strigile2 de bronze. Au cours de sa déambulation, le visiteur découvre le fécond voisinage entre pièces classiques et œuvres du XXIe siècle.

Dans une section centrée sur la salle de bain considérée comme un espace politique, une rare copie (contemporaine de l’original, réalisée au sein de l’atelier du peintre) de la mythique Mort de Marat de David est accrochée à quelques centimètres de l’Arrestation de Charlotte Corday que Louis Brion de la Tour dramatise à souhait au XIXe siècle. Le centre de cette salle est occupé par Deep Float de Monira Al Qadiri, sculpture de 2017. La plasticienne koweitienne montre une baignoire blanche remplie d’un liquide noir et poisseux d’où émergent deux bras humains : si elle rappelle que le pétrole fut jadis utilisé pour ses propriétés médicinales, elle pointe surtout le danger que fait courir l’or noir à la planète. À quelques encablures, sont visibles les célèbres portraits où Lee Miller pose, sexy en diable, dans la baignoire de l’appartement munichois déserté d’Adolf Hitler le 30 avril 1945, jour du suicide du dictateur, avec devant elle, jetée négligemment, une paire de rangers encore pleine de la boue de Dachau. Plus loin, s’amorce une réflexion sur l’hygiène à grands renforts d’images d’Épinal (seize vignettes qui sont autant de conseils simples) ou de meubles et autres nécessaires de toilette incroyable- ment précieux du XVIIIe siècle. Ils côtoient une installation de Delphine Reist sobrement intitulée Douches (2020) dont la simplicité le dispute à l’efficacité. Sur un étroit piédestal blanc sont posés des flacons de shampoing qui semblent mal bouchés : ils laissent de longues et visqueuses coulures de couleur vive, rouge flashy, vert pomme, jaune citron… Pour l’artiste helvète, « ces objets d’une grande banalité, achetés en supermarché pour la plupart, révèlent quelque chose de notre monde. » Dans cette pièce hyper-esthétique rappelant les toiles de Morris Louis, elle questionne avec humour la beauté à l’ère du consumérisme effréné avec ces liquides chimiques au possible…


À la Staatliche Kunsthalle, au Stadtmuseum et au Brenners Park-Hotel & Spa (Baden-Ba- den), jusqu’au 26 juillet
kunsthalle-baden-baden.de

La culture du bain est aussi au cœur de l’exposition Un Plongeon dans la beauté

1 Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille
, mucem.org
2 Racloir en forme de faucille servant à se nettoyer la peau après le bain

vous pourriez aussi aimer