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Les mythiques récits l’Iliade et l’Odysée reprit par Pauline Bayle

Iliade © Simon Gosselin

Pauline Bayle reprend Iliade et Odyssée, diptyque peuplé de personnages mythologiques qui, derrière leur prestige, révèlent toutes leurs fêlures.

Achille terrassant Hector en combat singulier, Ulysse luttant contre la malédiction de Poséidon pour tenter de retrouver sa famille, Pâris qui déclenche une guerre et contraint son frère à croiser le fer à ses côtés… Ces glorieuses actions résonnent dans l’imaginaire collectif mais soulignent, aussi, la part profondément humaine de ces héros antiques. Le premier agit en effet par vengeance, quand les deux autres ne sont guidés que par l’amour. Traversés par des sentiments et thématiques qui ne cessent de trouver écho avec le monde contemporain, les deux volets de cette incontournable fresque d’Homère sont adaptés par Pauline Bayle. Insistant davantage sur la valeur du texte que sur la représentation concrète des tableaux, elle opte pour une mise en scène épurée où cinq comédiens et comédiennes  – que l’on retrouve d’un épisode à l’autre – se glissent dans une floppée de protagonistes. Relatant le conflit sanglant entre Grecs et Troyens, Iliade (troisième création de sa compagnie À Tire-d’Aile) nous précipite auprès  d’Hélène, Andromaque, du chef guerrier Agamemnon ou encore, bien sûr, du demi-dieu au célèbre talon. Une ribambelle de figures opposées les unes aux autres et dont elle facilite l’identification par un procédé simple et ingénieux : deux affiches, accrochées en fond de scène, rappellent leur nom et le camp auquel elles appartiennent.

Cette sobriété scénographique se décline également à travers la reproduction imagée des lieux et éléments – chaises pour figurer les tentes, papier kraft symbolisant le champ de bataille, paillettes renvoyant aux armes offertes à Achille par sa mère –, immersion poétique facilitant la concentration du public sur le propos principal : la force. Exploré de long en large, il se détache du danger, concept développé dans la seconde partie. Prenant place plus de dix ans après les événements précédents, Odyssée suit le périple retour d’Ulysse, en route pour Ithaque. Le génie rusé est pourtant bien loin d’arriver à destination, puisqu’il essuie la colère de Poséidon pour avoir crevé l’œil de son fils, le cyclope Polyphème. Au moyen d’un dispositif toujours aussi dépouillé – sable exprimant les reliefs de l’île bien aimée… –, la metteuse en scène emmène le spectateur au plus près des aventures du combattant, devenu marin solitaire et unique rescapé de son équipage. Découpée en trois chapitres, la pièce s’intéresse tout d’abord à son fils Télémaque, parti à sa recherche, avant de revenir sur les péripéties du père auprès de la magicienne Circé, de la déesse Calypso, des créatures monstrueuses Charybde et Scylla, etc., puis d’aborder sa vengeance finale. Bien qu’intelligent et courageux, Ulysse n’en demeure pas moins bourré de défauts – orgueil et adultère en tête –, un portrait imparfait qui tend à ramener cette épopée merveilleuse à hauteur humaine.


Au Théâtre de la Manufacture (Nancy)  mardi 2 et jeudi 4 juin (Iliade), mercredi 3 et jeudi 4 juin (Odyssée) et vendredi 5 juin (intégrale)
theatre-manufacture.fr

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