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Discussion avec DS, entretien avec une icône signé Raphaëlle Rousseau

© India Lange

L’espace d’une heure, Raphaëlle Rousseau nous plonge dans une Discussion avec DS, alias Delphine Seyrig, icône du cinéma français.

Premier spectacle de l’ancienne pensionnaire du Théâtre national de Bretagne, dont elle sort diplômée en 2021, Discussion avec DS part d’un constat simple : si l’on pouvait parler à une personne décédée, de qui s’agirait-il ? Dans le cas de la comédienne et metteuse en scène Raphaëlle Rousseau, la figure de Delphine Seyrig (1932-1990) apparait comme une évidence. Cette femme, disparue deux ans avant sa naissance, qu’elle aurait adoré connaître et questionner au moment de commencer sa propre carrière. Cette femme, entre autres connue pour son rôle de l’envoûtante Fée des Lilas dans Peau-d’Âne (1970) de Jacques Demy. Cette femme, à la voix voilée fascinante, défenseuse de la cause féministe dont la diction parfaite, entre douceur et fermeté, va de pair avec une habile répartie – quand, lors d’une interview, on lui fait remarquer qu’elle semble agressive, sa réponse est magistrale : « Je ne sais pas si le calme des hommes est tellement sympathique ». Cette femme, enfin, souvent critiquée et à qui l’on a collé l’étiquette de la vamp’ mystérieuse ; image qu’elle a entretenue mais dont elle était, en même temps, victime. 

© India Lange


Au plateau, Raphaëlle Rousseau incarne une actrice qui, dans un premier temps, s’entretient avec son idole. Reprenant vie à travers des archives sonores, celle-ci aborde le cinéma, ses joies, ses difficultés, le rapport à son image, le féminisme ou encore ce qui survient après la mort ; des sujets qui comptent dans la construction d’une jeune femme vouant un véritable culte à cette personnalité hors normes, puisqu’elle la convoque au pied d’un autel érigé en son honneur. À travers un montage audio, les deux protagonistes se répondent, la comédienne s’adressant à un spectre qui se lasse bientôt de cette mécanique. Avant que la réalisatrice à l’incontournable coupe courte blond platine ne trouve le moyen de recouvrer une forme physique, d’autres types de dialogues s’installent, sans cesse ponctués de répliques merveilleusement recontextualisées. On pense notamment à « Je ne suis pas une apparition, je suis une femme, ce qui est tout le contraire » ou « Nous passons ensemble quelques heures, et puis ensuite, quoi qu’il arrive, nous ne nous revoyons plus jamais », extraites de Baisers volés de François Truffaut (1968). Dans cette troisième partie des aventures d’Antoine Doinel, personnage fictif traversant les différentes étapes de la vie, l’homme s’amourache de la belle Fabienne Tabard… interprétée, bien entendu, par Delphine Seyrig. En réalisant un fantasme profondément humain, Discussion avec DS interroge avec sensibilité les relations que l’on entretient avec les défunts, nous entraînant dans un récit quasiment initiatique car, comme le soulève Raphaëlle Rousseau au cours de la pièce, « C’est peut-être ça devenir adulte, c’est ne plus avoir peur de ses fantômes. »


À la Comédie de Colmar jeudi 28  et vendredi 29 mai
comedie-colmar.com

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