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La Vie en vrai : hommage musical de Marie Fortuit à Anne Sylvestre

© Guillaume Niemetzky

Avec La Vie en vrai, Marie Fortuit fait résonner l’existence et les paroles engagées d’Anne Sylvestre, icône féministe dont l’œuvre colossale est toujours d’actualité.

Plus de 700 morceaux et 50 albums en l’espace de 60 ans de carrière : l’univers d’Anne Sylvestre, dénonçant les injustices et les inégalités grâce à une plume poétique, sensible et subtile, a de quoi donner le vertige. Disparue en 2020, l’artiste laisse un travail qui continue de trouver sa place parmi les influences des jeunes générations – citons Solann, qui confiait s’inspirer de ses Fabulettes dans ses titres romancés à double-sens. La metteuse en scène, autrice et comédienne Marie Fortuit compte aussi parmi les personnes qu’elle a marquées. « Elle a su dire comme personne avec fougue, humour, vivacité et finesse la liberté des petites et des grandes filles », résume-t-elle au cours du spectacle. Accompagnée de la pianiste Lucie Sansen, elle mêle interviews enregistrées, récits autofictifs et interprétation de chansons en live pour souligner ses prises de position. Le viol ? Anne Sylvestre l’a dénoncé dans Douce maison (1978), allégorie poignante finalisée après plus de 30 ans d’hésitation. « Elle ouvrait parfois sa porte à ceux qu’elle choisissait / La serrure n’est pas forte, maison tu n’as pas de clé / Mais avec sa confiance, jamais elle ne pensa / Qu’on put user de violence pour pénétrer sous son toit », dessine-t-elle ainsi, quand Frangines (1979) défend la sororité : « Ce fut à l’école, déjà / Qu’on fit de nous des concurrentes / […] Allez, on ose / Il est grand temps. »


Dénué de tout agrément superflu, le plateau se contente de présenter quelques instruments, deux chaises côte à côte et une table basse. L’accent est porté sur le discours. La voix de la chanteuse et militante Michèle Bernard, proche d’Anne Sylvestre, retentit dès les premières secondes, dans une pénombre où rien ne bouge. Elle rappelle son exploration, à la fois simple et profonde, des émotions humaines, mais aussi sa colère envers le système. La suite plonge alors les interprètes dans un jeu de questions-réponses se faisant de plus en plus orienté : « Comment réussissez-vous votre vie d’artiste et votre vie de femme ? Est-ce que vous êtes une femme qui doute ? Est-ce que vous avez du mal à vous imposer ? » Des détours pour, finalement, revenir à un questionnement auquel les femmes – Anne Sylvestre comprise, notamment lors d’un échange avec un journaliste diffusé sur scène – sont souvent renvoyées : « Est-ce que vous êtes en colère ? » Éclate alors Tant de choses à vous dire (1986), transition toute trouvée déclamant « Tant et tant de colères de ne pouvoir casser / Ce mur qui nous enserre, nous fait nous ignorer / Ce mur fait de bêtise et de tant de mépris ». Des mots justes, qui font mouche.


À la Comédie de Colmar mercredi 29 et jeudi 30 avril
comedie-colmar.com

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