Le faire-ensemble d’Ivana Müller dans mirages et tendresses
Dans sa dernière création mirages et tendresses, Ivana Müller continue de développer l’art du collectif dans une performance à la croisée des disciplines.
Dans un monde secoué par la pression et l’agitation, la Croate Ivana Müller cherche à rétablir du lien à travers ses expériences collectives. L’esprit de solidarité se voit, par exemple, réimpulsé au moyen d’un matériau concret, qui revient souvent au fil de ses travaux : la corde. Alors que la metteuse en scène s’en servait pour broder une phrase dans le duo Entre-deux (2019), les interprètes de Forces de la Nature (2021) se voyaient rapprochés les uns des autres grâce à elle. En 2024, Réparer l’invisible invitait, pour sa part, une centaine de participants à se réunir autour d’un projet conjoint… Une communion que l’on retrouve au cœur de mirages et tendresses, pièce pour quatre artistes qui convient le public à les suivre le long d’une balade imaginaire en pleine nature, entre théâtre, chant et danse. En utilisant une cinquantaine de pelotes de laine et des branches de noisetier, l’équipe entreprend la construction – physique autant que métaphorique – d’un abri, une grotte, une cabane. Un lieu utopique où se réfugier.
Disséminées sur le plateau, les boules de tissu aident ainsi à faire naître une installation, unique, s’adaptant à chaque espace d’accueil. Tirer une extrémité revient à dérouler le fil d’une histoire. Tomber sur un nœud évoque immédiatement la rencontre d’un obstacle et la façon dont la solution peut provenir du groupe lui-même. Au fur et à mesure du chantier, les relations deviennent de plus en plus tangibles, matérialisées par les aléas et interconnexions des cordelettes. En adoptant des gestes précis qui font penser au travail artisanal et à la vie communautaire, le quatuor nous plonge encore un peu plus dans l’exploration de leur concept. Au-delà de l’aspect visuel, l’équipe joint également la parole à l’acte et dévoile une autre facette du « faire ensemble ». Complicité, bienveillance ou réflexions plus générales portant sur le sort de l’Humanité irriguent leurs interactions, comme lorsqu’ils confient : « Nous étions en colère, nous voulions que les choses bougent. » Si les spectateurs peuvent se contenter d’observer cette fabrication en temps réel, ils sont aussi invités à prendre part à la démarche en tenant, là, un morceau de ficelle ou, ici, en assurant l’équilibre de la structure. Si une liaison craque, c’est toute la composition qui en prend un coup. Cette interdépendance met en lumière la tenségrité – mot-valise rassemblant « tension » et « intégrité » –, principe architectural rendant tout élément irrévocablement lié à son voisin et auquel s’apparente mirages et tendresses. Avec cette proposition collaborative, Ivana Müller enjoint à mettre la société sur pause et à prendre, enfin, le temps de se reconnecter à ce(ux) qui nous entoure(nt).
Au Maillon (Strasbourg) mercredi 29 et jeudi 30 avril
maillon.eu
> Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du 29/04
