Les Femmes savantes de Molière version Benoît Lambert
Direction le XVIIe siècle et Les Femmes savantes de Molière : Benoît Lambert signe une création fidèle dont les propos résonnent avec les enjeux de notre monde contemporain.
Ancien directeur du Théâtre Dijon Bourgogne (de 2013 à 2021), Benoît Lambert poursuit son adaptation de l’œuvre de Molière avec Les Femmes savantes, guerre familiale sur fond de mariage dont les thématiques semblaient déjà bien en avance pour l’époque – à moins que ce soit la nôtre qui n’ait pas (ou peu) évolué. « Quelque chose me fascine dans cette pièce », admet le metteur en scène, aujourd’hui à la tête de la Comédie de Saint-Étienne – une partie de la distribution est d’ailleurs composée d’anciens élèves de l’École, avec qui il a travaillé le texte par le passé. « Molière y écrit probablement les plus beaux alexandrins de toute sa carrière. Au début, elle me paraissait ambiguë. Je n’avais pas envie de raconter des histoires de femmes représentées comme des pintades, ça ne m’intéressait pas. » Et de continuer : « Finalement, plus je m’y plonge, plus je trouve que le mystère s’épaissit. Molière jouait beaucoup pour un public éduqué et féminin. Il me parait donc dur d’imaginer qu’il se moque d’elles, de leurs revendications et de leur lutte contre les effets d’assignation, même si elles peuvent se tromper. » Il cite pour cela l’exemple de la scène de la cuisine, où Philaminte, la mère, et sa belle-sœur, reprochent à la servante de ne pas suffisamment maîtriser le français. « Elles sont un peu dans un délire militant, à aller chercher la confrontation dans une cuisine. En agissant ainsi, elles ne réalisent pas que leur quête d’émancipation féminine est oppressive. Tout cela crée un nœud très intéressant. »
Les interprètes, évoluant entre musiques de répertoire – Mozart, Purcell – retravaillées et salon délimité par de hautes bibliothèques qui construisent et décomposent le décor au fur et à mesure, sont au cœur d’une esthétique « préindustrielle » déjà amorcée dans L’Avare (2022). « Même si nous ne nous engageons pas dans un véritable travail de reconstitution, nous avons décidé de bannir, dans les deux cas, tous les signes évoquant la modernité », précise Benoît Lambert. Tissus, bois, toile sont au rendez-vous, mais aucune trace de téléphone ou d’ordinateur. L’ambiance reste volontairement classique : « Si on veut faire entendre une pièce vieille de quatre siècles, il faut accepter une forme de dépaysement », analyse-t-il. Une vision qui s’exprime tant dans la forme que dans le fond, puisque le texte original n’est pas actualisé. « Monter Les Femmes savantes aujourd’hui pour métaphoriser notre temps serait une grave erreur. Les rapports de genre sont forcément dissonants, c’est pourquoi il faut faire attention à ne pas tomber dans le contresens. » En ce sens, la diatribe de Chrysale – le père – mésestimant le rôle des femmes est un point à côté duquel il ne faut pas passer : « Certains y voient la morale de la pièce, alors qu’en fait, l’auteur ridiculise le personnage », développe notre homme. « Pour moi, la position des hommes est beaucoup plus problématique que celle des femmes », conclut-il.
À la Comédie de Colmar du 5 au 7 février
comedie-colmar.com



