Koons go home

Illustration d'Éric Meyer pour Poly

Dans une tribune parue dans Libération, un aréopage de personnalités du monde de la culture vient de s’élever
contre le cadeau que compte faire Jeff Koons à Paris (sur une idée de l’ambassade US) pour rendre hommage aux victimes des attentats de novembre 2015. Intitulée Miss Liberty, l’œuvre figure une main sortant de terre tenant onze tulipes aux couleurs acidulées, un joli bébé de 12 mètres de haut pesant 33 tonnes. Impossible a priori de taxer les signataires de réacs’ puisqu’on y retrouve Olivier Assayas, Christian Boltanski, Matali Crasset, Marin Karmitz, Frédéric Mitterrand, Dominique Perrault, etc. Si certains arguments techniques et financiers semblent secondaires et spécieux, d’autres retiennent l’attention. Pour le coup, le premier sent le moisi : « Cette sculpture bouleverserait l’harmonie actuelle entre les colonnades du Musée d’art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo, et la perspective sur la tour Eiffel. » Voilà un singulier voyage dans le temps, puisque sont reprises les mêmes critiques faites, en son temps, à la Pyramide du Louvre ! Autre raison, « le choix de l’œuvre, et surtout de son emplacement, sans aucun rapport avec les tragiques événements » : il est vrai qu’on préfèrerait une réelle corrélation, mais nous arrivons doucement au cœur du débat : Jeff Koons est « devenu l’emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif. Son atelier et ses marchands sont aujourd’hui des multinationales de l’hyperluxe, parmi d’autres. Leur offrir une si forte visibilité et reconnaissance ressortirait de la publicité ou du placement de produit. » That’s it ! « C’est l’ancien monde contre le nouveau » rétorque l’agent de Jeff Koons. Il s’agit en effet de ne pas plier sans cesse le genou devant un art devenu valeur boursière lambda, dont l’ex trader de Wall Street fait figure de plus beau représentant. Alors oui, il vaut mieux refuser certains cadeaux ou, a minima, choisir avec soin leur emplacement dans la cité. Sinon, il y a bien des lieux dans le riant pays du Président Trump où se déroulèrent des massacres de masse qui pourraient accueillir ce « symbole de souvenir, d’optimisme et de rétablissement. »

 

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