Taïga mon amour

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© Ulf Andersen

Dans L’Archipel d’une autre vie, son nouveau livre, Andreï Makine revient sur les traces de sa Sibérie natale. Un roman d’aventure aux confins du monde, en quête d’essentiel.

Sa plume n’a rien perdu de ce classicisme un brin suranné mais non moins délicat qui lui valut les prix Goncourt et Médicis en 1995 pour Le Testament français (Mercure de France) puis d’entrer à la prestigieuse Académie française en 2016. L’Archipel d’une autre vie débute par la fascination d’un jeune étudiant en géodésie pour un inconnu s’enfonçant seul dans la taïga, du pas décidé de ceux qui ne craignent pas les éléments. Aux confins extrême-orientaux de la Sibérie, en bordure du Pacifique, la manigance de ce jeune orphelin en manque d’aventure tournera court, l’ancien soldat le repérant dès ses premiers pas dans la forêt. Enchâssant un récit dans un autre, Andreï Makine nous emmène dans la jeunesse en uniforme de Pavel Gartzev, entraîné bien malgré lui à l’époque de Staline dans la traque d’un fugitif échappé d’un camp d’internement. Ambiance Archipel du goulag avec ses zeks, ses petits chefs retors, l’infernale roue des commandements et du rejet des responsabilités broyant aussi rapidement les hommes que les idéaux d’une révolution russe dévoyée. La petite troupe de cinq talonnant tant bien que mal cet « ennemi intérieur » va de déconvenues en maladresses. L’auteur peint des hommes blessés : un commandant ivrogne, un responsable du renseignement politique aussi fourbe que dangereux, animé par la peur, des vétérans ayant vécu tant d’horreurs que même la camaraderie de régiment et l’alcool ne suffisent à rapprocher. Dans cette région de l’Amgoun, la course poursuite effrénée touche à l’absurde, les motivations des uns et des autres se fracassant sur la rudesse des éléments. Après avoir convoqué la trame d’un roman d’aventure, Makine fait surgir de cette nature hostile, froide et désertique, une expérience intérieure brillante. S’il convient de laisser au lecteur la découverte de l’identité du fugitif qui, par sa connaissance de la survie et des étendues immaculées de la Sibérie, rétablit l’équilibre des forces avec ses poursuivants, n’en doutez point : cette chasse à l’homme n’est qu’un joli prétexte pour sonder des âmes abimées, dressées à la haine et à la domination, recluses dans la solitude. Un écrin pour une quête mystique et essentielle dans les paysages mirifiques de l’Archipel des Chantars. Loin du chaos du monde, là où l’on peut, enfin, vivre.

L’Archipel d’une autre vie, paru chez Seuil (18 €)

www.seuil.com 

Rencontre à L’Aubette (Strasbourg), samedi 10 septembre dans le cadre des Bibliothèques idéales (du 7 au 18 septembre. Retrouvez aussi Michel Serres, Alain Mabanckou, Velibor Čolic ou encore le comorien Ali Zamir auteur d’un premier roman remarqué chez Tripode

www.bibliotheques-ideales.strasbourg.eu

 Rencontre à la Préfecture de Nancy dimanche 11 septembre dans le cadre du Livre sur la Place (du 9 au 11 septembre). Ne manquez pas James Ellroy, Kamel Daoud, Joann Sfar, Tahar Ben Jelloun, Virginie Despentes, Yasmina Khadra, Alain Mabanckou…

www.lelivresurlaplace.fr

Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste
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