Will survive

Jean Lurçat, Le Ciel. ©Fondation Lurçat / Adagp, Paris [2020]. Photo : Dorine Maillot

Depuis les années 1960, l’art de la tapisserie s’est émancipé de la peinture. Tisser la Modernité revient sur cette épopée en réunissant une vingtaine d’œuvres marquantes.

Deux créations de grand format signées Jean Lurçat accueillent le public à Montbéliard : Le Ciel, aux tons jaune soleil et rouge vif sur fond noir et Amazonie, avec son décor végétal parsemé de papillons. Connu pour Le Chant du monde, sa réplique de La Tenture de l’Apocalypse d’Angers, l’artiste a transformé la tapisserie grâce à ses travaux de simplification des formes et de réduction de la palette de couleurs durant la première moitié du XXe siècle. À la même époque, des collectionneurs ont permis à cet art de ne pas tomber dans l’oubli, tout en conservant un lien inhérent à la peinture. C’est le cas de Marie Cuttoli qui commanda des œuvres à Braque, Matisse ou encore Picasso pour les faire retranscrire à la Manufacture d’Aubusson, tout comme Denise René avec Drakkar de Delaunay, dont le seul exemplaire tissé existant est exposé.

Photo de Dorine Maillot, à gauche Marius Prassinos, Les habitats du ciel ©Succession Marius Prassinos / Adagp, Paris (2020) et à droite Jean Lurçat, Le Ciel © Fondation Lurçat / Adagp, Paris (2020)

Une révolution des couleurs et des matières
Les années 1960 signent la consécration de cet art. L’installation ordonnée en 1964 par Malraux d’un Atelier de recherche et de création au Mobilier national permet à la “Nouvelle tapisserie” de se rénover tout en continuant de reproduire des tableaux. Au même moment, Lurçat organise la première biennale dédiée à Lausanne. Poursuivi pendant plus de trente ans, ce rendez-vous international accueille de nombreux artistes comme Jagoda Buic (L’Oiseau de feu, hommage à Stravinsky) et Le Corbusier, qui concevait la tapisserie « comme un élément utile de la composition de l’architecture moderne et non comme un décor ». L’exemplaire original tissé de La Femme et le maréchal ferrant est l’une des pièces maîtresses de cette rétrospective. Définitivement indépendantes de la peinture, les œuvres postérieures plongent dans l’expérimentation et explorent davantage les couleurs et matériaux. La laine, qui a été longtemps la seule étoffe exploitée, est assemblée par Françoise Giannesini avec coton, velours, satin, toile et paillette dans son Faust en 1981. Jacques Monory approfondit pour sa part les couleurs dans son ouvrage monochrome Velvet Jungle n°1, représentant une femme entourée de fleurs, fruit d’un travail monumental : 940 jours de tissage de 45 bleus différents réalisés par deux lissiers. En conclusion, l’association VORTEX-X présente une œuvre composée de bandelettes synthétiques non tissées à partir de déchets industriels recyclés. Un écho sensibilisant aux prestigieux matériaux présentés auparavant qui modernise l’art de la tapisserie.


Au Musée du Château des Ducs de Wurtemberg (Montbéliard), jusqu’au 5 avril
musees-franchecomte.com

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