To die or not to die

Photo de Vladimir Lutz

Deux voltigeurs, quatre circassiens, six chevaux et deux chiens. Dans Avant la nuit d’après, la Compagnie ÉquiNote rejoue Hamlet… en partant de la fin.

«tes sabots / Sonner sur le plafond des songes », écrit Victor Hugo dans son ode Au Cheval. Depuis l’Antiquité, nombreuses sont les mythologies, du chamanisme aux légendes nordiques, à avoir investi cet animal sacré des plus merveilleux pouvoirs, au premier rang desquels celui de passeur d’âmes, chargé de conduire les défunts dans l’Au-delà. Cette faculté “psychopompe” du fier coursier est au cœur d’Avant la nuit d’après, une création à mi-chemin entre théâtre de l’étrange et cirque équestre, conçue comme une suite fantasmagorique à Hamlet. Horacio, Ophélie, Claudius, Gertrude… tous les désaxés de la shakespearienne famille royale danoise sont là. Tous sont morts – sauf Horacio, qui a eu la vie sauve à la fin de la célèbre pièce élisabéthaine. Et tous errent sous un chapiteau d’entre les mondes, sorte de purgatoire aux airs de fête foraine abandonnée. Là, sur le rond de la piste où trône un carrousel poussiéreux, chacun devra régler ses comptes avec lui-même, se délester des désirs de vengeance, pouvoir, domination, des amours et des haines, des mensonges et des manipulations, pour espérer obtenir des chevaux altiers qu’ils les fassent – un jour peut-être – passer de l’autre côté.


Dans cette fresque à la féérie surannée, où le spectateur flotte comme en apesanteur entre la vie et la mort, le rêve et la réalité, quatre circassiens (contorsion, mât chinois, acrobatie, etc.) accompagnent les voltiges équestres de Sarah Dreyer et Vincent Welter, les fondateurs de la Compagnie ÉquiNote. Avec la metteuse en scène Marie Molliens, fildefériste de renom et elle-même directrice de la bourguignonne Compagnie Rasposo, ils ont patiemment monté un spectacle fondé sur le dialogue muet, charnel et poétique de l’homme avec le cheval : leur corps à corps puissant et délicat à la fois. Une création en accord avec la philosophie mise en œuvre par le couple dès les débuts de la compagnie en 2010, quand ils se forment non seulement à leur discipline mais aussi à l’éthologie, pour « construire une relation avec les animaux qui ne soit pas celle de dominant à dominé mais reposant au contraire sur la générosité, la confiance et la sincérité », explique celui qui travaille essentiellement le dressage en liberté. « Avec les chevaux, tout est question d’écoute et de dialogue – non pas vocal, mais spatial et corporel. Ils lisent en nous comme un scanner et réagissent en miroir à ce qu’on leur propose. Ils sont les piliers de la troupe, nos compagnons de route et de jeu mais aussi d’inspiration. »


À La Comédie de Colmar, du 24 au 26 septembre
comedie-colmar.com
cie-equinote.fr

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