Guerrilla girls

Photo de Soulèvement par Hervé Goluza

Le temps fort, aussi chorégraphique que performatif Born to be Alive, se fait 100% féminin cette année. Le Manège de Reims invite d’audacieuses créatrices, prêtes à remuer ciel et terre.

Parmi une douzaine de spectacles, une conférence et une exposition organisée avec le Frac Champagne-Ardenne – Get up (05/11-14/12), elle aussi dédiée aux artistes femmes –, deux ont particulièrement retenu notre attention. Commençons par le Soulèvement de Tatiana Julien. Un solo chorégraphique explorant la puissance et la gloire, le pouvoir d’attraction des discours invitant à la révolte comme le magnétisme des images dont se manipule la symbolique à l’envi. Engageant totalement son corps, celle qui fut l’interprète de pièces de Nathalie Pernette et Thomas Lebrun, signe un acte de résistance sans concession, où elle boxe avec les mots de figures tutélaires (Malraux, Martin Luther King ou Edgar Morin).

Photo de Soulèvement par Hervé Goluza

Comme sur un podium, le public est disposé de part et d’autre d’un plateau tout en longueur. S’instaure une ambiance électrique, mélange d’attroupement sportif, de concert (un playback de Mylène Farmer en live, dans lequel on peut chanter que « tout est chaos » en se donnant totalement en spectacle) ou de meeting politique. La lumière lézarde la scène de convulsions rythmées sur une bande son endiablée de punchlines invitant par exemple à « changer la vie » et d’effets. Autant d’injonctions à des postures plus ou moins révolutionnaires qui n’offrent aucun répit. Tatiana Julien est une sacrée danseuse, capable de changer de registre comme de costume sans cesser de briller, qu’elle emprunte des pas au jumpstyle, un déhanché au ras du sol genoux fléchis au voguing ou une attitude de harangue à une battle urbaine. Se rejoignent dans un collage ludique et incessant, drôle et provocateur, de la pensée pure et des pratiques culturelles ayant émergé des couches populaires dans un soulèvement des corps. Avec brio, se télescopent sons de manifs et ondulations krumpiennes, mouvements mythiques qui firent scandale tel Jan Fabre avec Quando l’uomo principale è una donna (Lisbeth Gruwez dansant nue sous une pluie d’huile d’olive) et parodie de combat de boxe. Dans un autre genre, Phia Ménard livre ses Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère.

Photo de Contes Immoraux – Partie 1 – Maison Mère – par Jean-Luc Beaujault

Reproduisant le Parthénon en volume avec du carton scotché à la main, elle fait écho au sort réservé au peuple Grec, comme aux migrants, par l’UE. Rien ici n’est solide, tout est bricolé home made façon lo-fi : même les colonnades de la maison d’Athéna sont recréées par des découpes de lamelles à la scie sauteuse. Ce refuge précaire sera, comme souvent chez l’artiste, mis à l’épreuve des éléments. La pluie s’abattra tel un déluge sur scène, laissant notre guerrière grimée en costume de super-héroïne-punk bien seule face à l’édifice qui s’effondre, anéantissant tout espoir. À moins qu’elle ne trouve la force de recommencer…


Au Manège, à la friche artistique La Fileuse et dans le quartier d’Orgeval (Reims), du 5 au 16 novembre manege-reims.eu

Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère de Phia Ménard, au Théâtre du Manège (Reims), mardi 5 novembre
manege-reims.eu

Soulèvement de Tatiana Julien, au Cirque du Manège (Reims), mardi 5 novembre, puis en tournée à VIADANSE (Belfort, co-réalisé avec Le Granit), samedi 16 novembre
manege-reims.eu
legranit.org


Conférence hors les murs de Sonia Recasens sur La Performance au féminin, lundi 4 novembre (18h30), à Science Po’ Reims. Entrée libre sur réservation

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