Écrire pour survivre ou Le Journal d’Anne Frank

Photo de Julien James Auzan

Avec Le Journal d’Anne Frank, Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier portent à la scène un monument de la littérature d’une brûlante actualité.

Elle est allemande, juive, exilée aux Pays-Bas avec sa famille de puis 1933 et l’arrivée au pouvoir – d’Hitler. Le 12 juin 1942, à Amsterdam, Annelies Marie Frank reçoit un carnet à l’occasion de son treizième anniversaire. Quelques jours plus tôt, alors qu’elle arpente une ruelle aux côtés de son père, l’adolescente s’arrête pour admirer cet objet au travers de la vitrine d’un magasin. Il est recouvert d’un morceau de tissu au motif écossais de couleurs rouge, blanche et taupe, muni d’une boucle en métal en guise de fermoir. Bientôt, elle posera ses mots (et maux) intimes en son sein. Plus tard, c’est sous le titre Le Journal d’Anne Frank, que l’on connaîtra ce chef-d’œuvre de la littérature mondiale. Soixante-dix-sept ans plus tard, deux artistes, Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier, ont souhaité adapter ce texte fondateur sur la Seconde Guerre mondiale, l’exil, l’enfermement, la place de la femme
dans la société de l’époque et la psychologie de l’adolescence. Au plateau : lumière noire, décor blanc. Au centre un mur faisant office de support de projection. De chaque côté de ce dernier,deux escaliers en guise de précipices. Si l’atmosphère sonore se veut sensible et sensitive, le minimalisme de la scénographie rompt avec un réalisme immersif pouvant apparaître comme évident en raison de l’univers convoqué.

Photo de Julien James Auzan

Loin de vouloir recréer l’Annexe – cette étroite pièce confinée où ont vécu, pendant 24 mois, Anne Frank, sa famille et des amis de celle-ci −, la scène semble davantage s’apparenter à une maquette. La neutralité de l’espace offre ainsi la possibilité aux personnages d’évoluer, de grandir, de se construire, au rythme du texte, de l’âge et de l’Histoire avançant, tel que fut son journal pour l’adolescente. Au fil des paroles prononcées, des anecdotes convoquées, le théâtre se fait l’analogie du processus d’écriture de la jeune fille. La brutalité originelle du texte et son interprétation par les comédiens rendent sa réception d’autant plus violente émotionnellement. Tandis que les adultes sont figurés par des voix en hors-champ, le focus et l’attention sont portés sur les trois enfants présents. On retrouve Anne, sa sœur Margot et le jeune Peter, fils des amis de la famille, cachés avec eux. Le récit qui part de l’intimité de l’adolescente, est profondément universel. Il décrit et traverse avec un réalisme poignant la psychologie d’une jeunesse ébranlée, plongée dans l’une des plus effroyables périodes de l’Histoire. De l’insouciance à la prise de conscience, des petites joies aux pires angoisses, de l’espoir à la mort. En adaptant au théâtre ces écrits, Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier ont voulu réveiller l’œuvre, toucher les jeunes générations et rappeler le péril de l’antisémitisme et de la guerre. Un pari réussi, dans un contexte contemporain pas si éloigné.

Photo de Julien James Auzan

Au TAPS Scala (Strasbourg) du 27 au 30 avril (dès 12 ans)
taps.strasbourg.eu

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