De bruit et de douceur

Photo de Peter Toggeth / Mikel Cee Karlsson

Six ans qu’on l’attendait… Avec Local Valley, José González, star du folk tout droit venue de Scandinavie, signe son grand retour, tout en humanité.


José González est de ces artistes qui prennent le temps. Tout juste quatre albums solo en dix-huit ans, et deux avec les potes d’enfance du groupe Junip. Un éternel insatisfait… à la production discographique absolument irréprochable. En France, tout le monde connaît sans le savoir ce discret songwriter suédois d’origine argentine depuis que sa poétique et majestueuse version du Heartbeats de The Knife a été utilisée pour une pub Sony où l’on voyait 250 000 balles rebondissantes de toutes les couleurs dévaler les collines de San Francisco. On lui doit également Stay Alive, la mémorable chanson de la bande originale du film The Secret life of Walter Mitty. Intitulé Local Valley, le nouvel opus de l’auteur-compositeur-interprète (prévu le 17 septembre) vient ainsi combler une trop longue absence, depuis le splendide Vestiges & Claws sorti il y a six ans déjà. Ici, rareté rime encore une fois avec beauté. Tout n’est que douceur, calme et sensibilité. Une musique à la fois épaisse et épurée jusqu’à l’os, magique tellement cet équilibre est difficile à tenir. Entre les arpèges d’une guitare qu’il maîtrise à la perfection et les pépiements d’oiseaux enregistrés depuis la véranda de sa maison d’été, non loin de la réserve naturelle de Säro Västerskog, le morceau Visions est une ode intemporelle à la nature, limpide et délicate comme un soleil d’hiver. Partout, l’écriture de José González accomplit des petits miracles. « Y por agradecer / Lo extraño de simplemente ser / Un alma curiosa, singular / Compleja en su calma y tempestad » (Et pour remercier / L’étrangeté du simple fait d’être / Une âme curieuse, singulière / Complexe dans son calme et sa tempête), chante- t-il – pour la première fois en espagnol – sur le titre El Invento, dédié à la petite fille qu’il a eu en 2017 avec l’illustratrice Hannele Fernström. Une bulle de tendresse, entre déclaration d’amour et questionnements existentiels suscités par la paternité nouvelle. Parce qu’il a appris le chant sobre dans les œuvres de Nick Drake, Silvio Rodríguez, Chet Baker ou encore Mercedes Sosa, le natif de Göteborg compose une authentique musique du monde, alternant entre ballades méditatives, embardées folk à l’éclat du Grand Nord, et même quelques couplets révoltés contre le monde ultralibéral (Head On) ou les dogmatismes de tous ordres (El Invento), en particulier ceux qui confinent au fanatisme. « Y dime por qué será / dime en dónde estamos / Dime ¿Por qué ? / Y por pertenecer / A la gente del libro / Pretendiendo entender / Los enigmas del universo » (Et dis-moi pourquoi tout cela / Pourquoi nous en sommes là / Dis-moi pourquoi ? / Faire partie des gens du Livre / En prétendant comprendre / Les énigmes de l’univers). Il ne faut pas s’y tromper. Chez José González, la douceur est parfois en trompe-l’œil.


À l’amphithéâtre du Parc Kirchberg (Luxembourg), lundi 6 septembre dans le cadre du festival POND Eclectic organisé par Den Atelier (05-08/09)
atelier.lu

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