Bruxelles vue par Dominique A

Dominique A entretient un rapport ambigu avec Bruxelles où il vit, par intermittence, depuis 1993. Pour lui, c’est une ville mythique… où il ne finira pas ses jours.

Depuis son enfance, Dominique Ané est fasciné par le nord et par Bruxelles qu’il découvre via La Ville qui n’existait pas de Christin & Bilal. « J’ai contracté une fascination alimentée par toutes les BD franco-belges que je dévorais », se souvient-il.  Bruxelles représente aussi un eden musical pour ce chanteur captivé par la scène new wave belge des années 80, le label Crammed Disc, les groupes Tuxedomoon, Minimal Compact ou Polyphonic Size, dont il a repris Je t’ai tant aimé sur Auguri. En 1992, suite au succès d’estime de La Fossette, son premier album, il va jouer en Belgique où il est séduit par le caractère des gens, « leur côté franc du collier ». Un an plus tard, Dominique fait le « choix commun », avec sa compagne d’alors, Françoiz Breut, de s’y installer. La ville correspond à ses attentes de pré-ado. Il y enregistre La Mémoire neuve (1995) avec Gilles Martin, producteur de Tuxedomoon et Minimal Compact. « Une façon de faire solde de tout compte avec mes fantasmes musicaux. » Le Twenty-two Bar, le plus ensoleillé de ses morceaux, et l’ensemble de La Mémoire neuve furent composés dans des conditions… déprimantes, au milieu d’« une pièce de 3 m2 vraiment très sombre ». Pour contrecarrer l’absence de lumière et la chape de plomb qui lui « tombe sur les épaules », Dominique écoute des disques de calypso, de rumba, de mambo qui « agissent comme des antidépresseurs ».

« J’avais renoncé au nord. Le nord qui tout un temps m’avait fait croire qu’il faisait des efforts pour me retenir… » (Le Nord, Françoiz Breut, 1997, paroles de Dominique A)

Photo : Dorian Rollin

Bruxelles est bien trop taciturne pour l’auteur-compositeur-interprète, originaire de Seine-et-Marne, qui a vécu en Bretagne, et donc peu habitué au climat méditerranéen. « La grisaille prend un tour particulier ici. » Il quitte la ville en 1995 pour Cherbourg, Nantes et Paris… puis y retourne en 2001, « pour des raisons familiales, personnelles, sur lesquelles je ne préfère pas m’étendre ». Bruxelles aurait dû être « une affaire classée », mais il y vit toujours, « en exil prolongé ». Ce grand lecteur, ce passeur (il a été chroniqueur pour TGV Magazine ou Epok), à l’affût de nouveautés, ne devrait-il pas être séduit par le bouillonnement culturel de Bruxelles ? Dominique A affectionne en effet ses disquaires, comme Arlequin ou Caroline Music, ses librairies (« c’est presque abominable, j’y passe tout mon temps »), telles que Tropismes, Filigranes ou Passa Porta. Il relève aussi les nombreux lieux de concerts, petits (le Café Central) ou grands (le Cirque royal, le Botanique) de la capitale belge, « plaque tournante pour les groupes ». Dominique se réjouit enfin de la vitalité du spectacle vivant, de la compagnie de danse Rosas dirigée par Anne Teresa De Keersmaeker, celle de Michelle Noiret ou la chorégraphe Michèle Anne De Mey… D’ailleurs, il répète souvent dans un studio de théâtre, car « les lieux de répétition manquent ici ». Se sent-il à l’étroit ? « Plus maintenant, je vis dans un appart très chouette, refait à neuf, avec une cour intérieure, en plein centre. Difficile de trouver l’équivalent de ce duplex de 130 m2 à 850 € par mois dans une autre capitale. » De suite, il précise : « Comparée à Paris, ville très agressive, hostile, Bruxelles fait forcément très “Laid Back”, facile à vivre, à côté ».

« Parce qu’il y fait trop froid, parce que c’est trop petit, beaucoup vont s’en aller car beaucoup sont partis. » (Je suis une ville, 1999)

Sur son site (www.commentcertainsvivent.com), Dominique fait mention  d’une façade recouverte par une fresque de Dupuy & Berberian. Il conclut ainsi : « Ils ont décidé de donner un peu de couleurs à cette ville massacrée ». Massacrée ? Il persiste et signe : « C’est le fameux façadisme bruxellois. À une époque, on construisait à tort et à travers des choses immondes », avant d’enfoncer le couteau dans la plaie bruxelloise en parlant de « rues trop étroites », de certains quartiers « vraiment dégueulasses », de boulevards « en délabrement », de « l’agression sonore incessante », de la profonde « tristesse » et du « sentiment d’étouffement » que tout ceci lui évoque.

Dominique nuance : l’aspect mélancolique de ses chansons est moins lié à Bruxelles qu’à son enfance. « J’ai un sentiment ambivalent qui n’a pas forcément rapport avec la ville. Enfant, j’ai vécu dans des endroits où mes parents ne voulaient pas spécialement vivre. Ils m’ont transmis ça. » Dominique et les personnages, « tiraillés, déchirés », qu’il met en scène dans ses chansons se fondent-ils ? Une chose est certaine : « Je ne finirai pas mon existence ici ».

Derniers disques parus sur Cinq7 :

La Musique / La Matière (avril 2009)


Compilation Songs Over Troubled Water (Carte blanche à Dominique A sortie fin 2009, avec notamment ses amis belges Sacha Toorop et Venus)

www.cinq7.com

À Illkirch-Graffenstaden, à L’Illiade, samedi 20 février 2010

03 88 65 31 06 – www.illiade.com

Regarder la vidéo d’Immortels de Dominiqe A

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