Alain Batis monte Des Larmes d’eau douce

© Patrick Kuhn

La compagnie messine La Mandarine blanche monte Des Larmes d’eau douce, du Mexicain Jaime Chabaud. Rencontre entre poétique et politique avec Alain Batis.

Dans un petit village du Mexique touché par des années de sécheresse, une petite fille a le don de pleurer des larmes d’eau douce. Tel est le point de départ de ce conte cruel…

Sofia a un don précieux, proche de la malédiction. C’est d’abord un secret qu’elle partage avec le seul Felipe, son ami, qui ne pourra tenir sa langue très longtemps. Le père de cette petite fille possède une menuiserie en pleine faillite. Le Maire lui intime de faire fonctionner une pompe acquise par le village pour extraire de l’eau des profondeurs. L’échec précipite l’injonction à Sofia de pleurer pour sauver tout le monde. Outre le paternel, l’Église et l’État vont aussi l’exploiter à leurs fins, au point d’en faire un commerce du matin au soir. Jaime Chabaud dénonce la violence et le travail forcé touchant les enfants en Amérique latine. Ce théâtre poétique et politique a une semence merveilleusement cruelle.

Des Larmes d’eau douce © Patrick Kuhn

Cette histoire fait penser à La Bonne Âme du Se-Tchouan, dans laquelle Brecht critique la religion et le capitalisme à partir des tourments du destin d’une jeune fille…

Oui, j’aime beaucoup cette pièce qui a de nombreux points communs avec celle de Chabaud. Un temps, il y a le même sacrifice des personnages principaux, mais Brecht sauvera son héroïne, alors qu’ici, elle va au bout, jusqu’à se transformer en une poignée de feuilles sèches. Une autre de nos inspirations a été le roman Comédia Infantil d’Henning Mankell, qui décrit le sort des enfants des rues exploités en Afrique.

La pièce est construite en aller-retour entre narration – récit de la grand-mère de Sofia, seul personnage de chair et d’os – et dialogues avec diverses marionnettes. Quels codes de jeu avez-vous choisis ?

La grand-mère est à la fois au présent, nous contant l’histoire, et au milieu de ce village dans le passé. Un kiosque marionnettique, dans lequel les pantins sont suspendus, trône au centre de la scénographie. Comme dans un carrousel, elles descendent grâce à des contrepoids afin de raconter leur part. Nous jouons aussi du théâtre d’ombres, projetant notamment celles des bigotes, ce qui permet de glisser avec beaucoup de poésie d’un code de représentation à l’autre.

La scénographie regorge d’élément végétaux, comme un clin d’oeil à cette nature elle aussi maltraitée…

Même la musique, jouée en direct, reprend des motifs aquatiques. L’image de Sofia, fanée jusqu’à se réduire à une poignée de feuilles me hante. L’espace central se compose d’un cercle en lin tapissé de feuilles, des branchages sont suspendus et les costumes sont aussi en matières tissées et peintes. Cela fonctionne comme une mémoire végétale transcendant la crise de la nature caractérisant notre époque.

© Patrick Kuhn

Au Trait d’Union (Neufchâteau) mardi 15 novembre dans le cadre du Festival de marionnettes Ainsi Font (04/11-03/12) et au Théâtre de La Manufacture (Nancy) du 24 au 26 novembre
ccov.frtheatre-manufacture.fr


En tournée en 2023 au Festival Momix (Kingersheim) 29 & 30 janvier, à l’Espace BMK (Metz) 25 & 26/05
lamandarineblanche.fr

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