Karlsruhe, pas si calme… 

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Née il y a un peu plus de 300 ans, la cité n’en possède pas moins une riche histoire qui constitue les racines d’un présent bouillonnant. Partons visiter Karlsruhe, pas si calme que son étymologie (le repos de Karl) pourrait le laisser croire.

Le Margrave Charles Guillaume de Baden-Durlach rêvait d’avoir une nouvelle résidence : ainsi est né Karlsruhe, en 1715. La ville a été conçue comme une cité idéale – dont le centre est un “château soleil” d’où partent 32 rayons – puis a évolué au fil des années, notamment grâce à l’élégance classique de Friedrich Weinbrenner qui marqua l’espace urbain de son empreinte au XIXe siècle construisant, par exemple, une Pyramide (1825). Trônant sur la Marktplatz, elle abrite la tombe du Margrave (et rappelle les audaces utopistes de Claude-Nicolas Ledoux). Autre figure architecturale marquante, Walter Gropius qui a bâti un vaste ensemble dans le quartier de Dammerstock, même si ce monument du Bauhaus est resté inachevé pour des raisons budgétaires.

Hier

Des bâtiments du XIXe siècle, des allées remontées aux charmes puissants, des parcs structurant un espac eurbain lâche… Karlsruhe déploie ses charmes wilhelminiens dont le symbole pourrait être la Staatliche Kunsthalle, un des plus anciens musées d’Allemagne. Lorsqu’Heinrich Hübsch imagine l’édifice, au début du XIXe siècle, il souhaite une oeuvre d’art totale englobant peinture, sculpture et architecture, un lieu « où l’oeil, l’émotion et la raison vont main dans la main ». Dans un palais néoclassique aux influences italiennes se découvrent d’impressionnantes collections dont les fleurons sont signés Hans Baldung Grien, Caspar David Friedrich (avec des rochers inquiétants hérissant un plage nimbée par le clair de lune), Rembrandt (son plus bel autoportrait) ou encore Max Ernst dont on admire un bel ensemble. Dans ce qui reste du château est abrité le Badisches Landesmuseum où se déploie un riche fonds allant de la préhistoire aux Lumières. Notre coup de coeur ? Le Joueur de harpe, élégante et rare idole cycladique aux lignes pures et altières découverte à Santorin et datant de 2 500 avant Jésus-Christ.

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Aujourd’hui

La cité qui abrite le Bundesverfassungsgericht – la cour constitutionnelle – ressemble aujourd’hui à un chantier perpétuel : les travaux du projet de restructuration du système de transports s’achèveront en 2019. Karlsruhe bouge, évolue et se réinvente sans cesse. Ce n’est sans doute pas un hasard si deux personnalités marquantes y ont élu domicile, le philosophe Peter Sloterdijk dont les Règles pour le parc humain déclenchèrent une véritable tempête et le compositeur Wolfgang Rihm, auteur de Die Eroberung von Mexico. Le plus beau symbole de ce bouillonnement est sans doute le ZKM (Zentrum für Kunst und Medientechnologie), « objet culturel non identifié, mix entre deux musées, un centre de recherche, un théâtre, une maison pour la musique et la danse. Tous les arts et les médias se mêlent ici » pour sa directrice Christiane Riedel. Musicalement également, la ville se tourne vers la modernité avec le Badisches Staatstheater à l’audacieuse programmation où les mises en scène d’opéra et de théâtre sont souvent décapantes ou le Tollhaus, salle dédiée aux musiques actuelles qui propose aussi une programmation jazz pointue manifestant un grand écart séduisant entre tradition et contemporanéité. La marque de fabrique de Karlsruhe.

Les Migrations vues par les artistes : tel est le thème de la 23e édition, des Journées européennes de la culture de Karlsruhe.

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Culture en mouvement

Biennale organisée par l’Office de la Culture de la Ville de Karlsruhe et le Badisches Staatstheater, les Europäische Kulturtage s’attaquent cette années aux Migrations avec pour sous titre Bonheur / Souffrance / Différence. Une cinquantaine d’événements – expositions, spectacles, projections, tables rondes, etc. – explorent le sujet comme l’installation prenant place dans un container Global-is(ol)-ation de Gülsel Özkan (09-24/04, Platz der Grundrechte) montrant qu’aujourd’hui les migrants sont réduits au rang de marchandises. Sont également au programme de nombreux concerts, que ce soit un portrait de Stravinski, compositeur cosmopolite (10/04, Hochschule für Musik) ou les sonorités transcendantes de la trompette d’Ibrahim Maalouf (11/04, ZKM). Mentionnons aussi Anne Frank (23/04-19/07, Badisches Staatstheater ; en photo), très beau ballet de Reginaldo Oliveira sur la quête d’identité dans un monde où la brutalité est devenue la norme.

Raphaël Zimmermann
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