Sans les mots

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Que personne ne parle pour que tout le monde se comprenne : tel est le credo de la première édition de la “semaine sans mots” organisée par le Theater Baden-Baden. Le festival Wow ! rassemble en effet des formes théâtrales dont la narration se passe de textes.

Les balles tournicotent dans l’air, animées d’un mouvement qu’on croit erratique alors qu’il est diaboliquement précis, les anneaux se croisent, formant les figures pas toujours olympiques d’une géométrie abracadabrantesque, les massues volent élégamment en tournant sur elles-mêmes, croix mouvantes suspendues dans l’air… Les jongleurs cependant ne se contentent pas de jongler, puisqu’ils sont également de brillants danseurs : les chorégraphies s’enchaînent, tantôt fluides, successions de pas chassés et de portés délicats, tantôt hiératiques, un brin martiales évoquant un ballet d’ombres (révolutionnaires) chinoises. Dans 4 x 4 (vendredi 10 juillet, l’événement de la semaine; en photo), la compagnie britannique Gandini Juggling fait fusionner deux arts dans un fantastique ballet sculptant d’éphémères architectures sur le plateau.

Compréhensibles par tous, les autres spectacles de Wow ! sont tout aussi dénués de paroles, que ce soit Alles im Eimer ! (dimanche 5 juillet, à partir de deux ans) où un duo exprime ses sentiments avec des balles et des seaux ou Livres sans mots (samedi 11 juillet) dans lequel l’extraordinaire mime Carlos Martínez évoque des héros comme Guillaume Tell, James Bond ou Sherlock Holmes par la simple puissance du geste et des mimiques. Encore plus impressionnant est le travail de la compagnie Stereoptik dans le spectacle éponyme (mardi 7 juillet). Pour Jean-Baptiste Maillet (musicien) et Romain Bermond (dessinateur), on « assiste à la création de chaque tableau où dessin, manipulation et théâtre d’objet s’enchaînent comme les séquences d’un film d’animation réalisé en direct ». À partir d’éléments simples naît une histoire où deux trajectoires s’entrecroisent, celle d’un duo de silhouettes partant à la découverte du monde et celle d’une chanteuse de jazz enlevée par des extraterrestres. Tout se crée sous les yeux du public : le “film” prend son envol dans la mouvance des dessins et des sons improvisés qui naissent dans ce véritable work in progress permanent.

À Baden-Baden, au Theater (et dans d’autres lieux de la ville), du 5 au 11 juillet

+ 49 (0)72 21 93 27 00 – www.theater-baden-baden.de

 

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