Rossini a dû y trouver son comte…

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© Patrick Pfeiffer

Pour sa 29e édition, le festival Rossini in Wildbad a proposé cinq opéras au cours d’une quinzaine juillettiste marquée par un temps splendide et une très grande qualité musicale.

Centrée sur Rossini et ses contemporains, la programmation met le belcanto à la fête et permet des découvertes inédites. Cette année, autour d’un Comte Ory drôle et jouissif, on a pu se délecter d’opéras rares : Demetrio e Polibio, premier opéra de Rossini, Il Conte di Marsico, l’opéra de l’injustement méconnu Balducci et Bianca e Gernando, premier vrai opéra de Bellini, donné dans sa version originale. De quoi contenter les amoureux de belcanto mais également enchanter les curieux amateurs de musique, de nature et de bains. À deux heures de voiture de Strasbourg, la ravissante ville d’eaux de Bad Wildbad est dotée de thermes de style orientaliste opulents et intimistes, lovés au cœur de la Forêt Noire, dans une vallée où l’on peut également trouver des circuits de randonnée magnifiques, sans oublier le très sympathique Festival Rossini, bientôt trentenaire. Puisque nombreux sont encore ceux qui ignorent tout de ce lieu enchanteur et de ses activités lyriques, rappelons que Bad Wildbad est une délicieuse station thermale accessible en voiture mais aussi en train : les rails s’arrêtent juste devant le Palais thermal, à quelques minutes des salles de concerts. Nichés dans un trou de verdure traversé par une rivière cascadant en pente très douce, les Kurhaus, Kurtheater (joli petit théâtre à l’italienne de deux cents places restauré en 2014) et Trinkhalle (buvette de station thermale adaptée en lieu de spectacles principal du festival avec quatre cents sièges) connaissent une activité fébrile pendant une quinzaine, du 14 au 24 juillet cette année. Précisons une fois encore que l’idée d’un festival d’opéra consacré à Gioacchino Rossini en plein Schwarzwald a germé dans la tête des organisateurs car le musicien était venu dans la station thermale fréquentée alors par le gratin du gotha (la veuve de l’empereur de Russie, entre autres). L’amateur de tournedos était venu soigner ses troubles neurologiques en 1856 et l’on raconte que son activité créatrice s’en est trouvée revigorée. On ne peut que se réjouir que des courageux aient osé créer un festival à partir de ce voyage anecdotique… Il faut surtout féliciter le fringuant directeur et intendant, Jochen Schönleber, également metteur en scène, pour sa constance (il fête cette année ses 25 ans à la tête du festival), l’intelligence de sa programmation et sa capacité à tirer le meilleur d’un budget réduit ainsi que d’infrastructures limitées.

Le festival permet donc de découvrir des œuvres rares mais aussi de jeunes voix prometteuses. Les productions sont enregistrées et des CD ou DVD sont disponibles à des tarifs très raisonnables. Citons, pour les éditions précédentes, les compacts de Semiramide de Rossini qui jouit d’une excellente critique, mais aussi la Semiramide de Meyerbeer, ainsi que le Convivato di pietra de Pacini ou encore le Ser Marcantonio de Stefano Pavesi donné en première mondiale pour la prise de son, le tout paru aux éditions Naxos. En DVD, on mentionnera notamment le Guillaume Tell donné en version intégrale en 2013 et tout récemment paru chez Dynamic, l’Inganno felice proposé en 2015. Le catalogue s’étoffe d’année en année et les amoureux de belcanto peuvent se constituer une collection tout à fait remarquable de raretés de Rossini aussi bien que de ses contemporains.

Au programme cette année, cinq productions avec surtitres en allemand et en italien, des concerts, des récitals et une master class en matinées comme en soirées, dans un marathon musical captivant… L’ambiance est toujours aussi bon enfant et l’on y retrouve de nombreux habitués venus tout exprès chaque année, souvent en parallèle d’un séjour à Pesaro, ville natale de Rossini qui lui consacre un festival mondialement connu. Les deux manifestations se complètent harmonieusement, on l’aura compris. Voici une petite chronique de quatre jours de festival, du jeudi 21 au dimanche 24 juillet 2016.

Omaggio a Rubini

La première journée commence avec un Omaggio a Rubini donné en soirée à la Trinkhalle. Le ténor Maxim Mironov rend hommage au grand Giovanni Battista Rubini (1794-1854), chanteur légendaire pour lequel Rossini ou Bellini avaient pu écrire quelques-unes de leurs plus belles pages. Il ne faut pas oublier que c’est parce qu’ils avaient à disposition des chanteurs d’exception (la Grisi, la Malibran, Tamburini et quelques autres) que les compositeurs des années vingt et trente avaient pu imaginer des partitions aux exigences quasi surhumaines. De Rubini, Théophile Gautier disait : « Tous les superlatifs sont épuisés ; admirable est faible ; sublime bien pâle ; pyramidal, ébouriffant, sublimissime suffisent à peine… Rubini n’a pas de rival au monde ». Maxim Mironov a donc eu bien du courage d’affronter un programme comme celui qu’il nous propose ce soir : des scènes de La Pietra del paragone, La Riconoscenza, Semiramide de Rossini côtoient Il Reo per amore de Niedermeyer, Falstaff de Balfe, Il Sospetto funesto de Balducci, Anna Bolena de Donizetti ou encore la redoutable aria du Pirate de Bellini permettent de se faire une belle idée de l’étendue des capacités du mythique ténor italien. Maxim Mironov reprend également un air des Briganti de Mercadante dont on peut se procurer l’enregistrement de la production donnée ici-même en 2012, dans le Label Naxos. Le ténor russe a probablement une voix et une technique assez éloignées de celle de son prédécesseur, mais ses qualités vocales et son endurance sont remarquables. Pour certains aigus un rien tendus, le legato, l’ambitus et la suavité couplés à la souplesse et l’agilité emportent l’adhésion d’un public qui ovationne le chanteur au terme d’un récital de deux heures à la cadence soutenue. Il faut à ce sujet saluer la performance également du chef d’orchestre, José Miguel Pérez Sierra, qui impose un rythme d’enfer aux Virtuosi Brunenses. Ces musiciens attitrés du festival sont ce soir en très grande forme (il faut dire qu’il fait un peu moins chaud que les jours précédents) et on les dévore des yeux, tant ils prennent visiblement du plaisir à interpréter le répertoire belcantiste. L’ouverture de la Cenerentola est ce soir d’une rapidité exceptionnelle, par exemple. On attend avec impatience l’enregistrement de ce programme ambitieux et virtuose, beau portrait de ce qu’a dû être l’art de Rubini. Voilà qui commence bien !

© Patrick Pfeiffer

© Patrick Pfeiffer

Demetrio e Polibio

Le lendemain matin, dans le Kurtheater archicomble, c’est au premier vrai opéra de Rossini qu’on se confronte : Demetrio e Polibio. Écrit pour une famille de chanteurs entre 1806 et 1808 au cours de ses études (le compositeur n’a que quatorze ans !), l’opéra est finalement créé à Rome en 1812. Située au IIe siècle avant Jésus-Christ, l’intrigue raconte une histoire de faux-semblants. Demetrius, le roi de Syrie, se fait passer pour son envoyé, chargé de récupérer, par les armes s’il le faut, son fils Sivenio adopté par le roi parthe Polybe et destiné à épouser la princesse Lisinga. Le conflit va finalement s’apaiser et le tout se terminer par une union. Cet opéra de jeunesse rappelle Mozart, mais les airs enflammés sont déjà de la pure pyrotechnie rossinienne. Les quatre interprètes de l’œuvre sont formidables, à commencer par Victoria Yarovaya, merveilleuse dans le rôle de Sivenio. La basse Luca Dall’Amico est admirable de gravité et de profondeur (dans tous les sens du terme) alors que Sofia Mchedlishvili se tire honorablement du rôle de Lisinga. Un peu en retrait, curieusement, César Arrieta n’est pas aussi extraordinaire que l’an passé. Le jeune vénézuelien nous avait fasciné et ébloui dans Le Cinesi de Garcia et semble en petite forme aujourd’hui, quoique sa prestation soit tout à fait correcte.

La mise en scène de Nicola Berloffa est minimaliste et les accessoires se résument à quelques chaises essentiellement. Quant aux costumes, ils sont apparemment recyclés à partir de productions antérieures (probablement L’Inganno felice de 2015) et l’action est donc contemporanéisée, mais on tire le meilleur parti possible de ce dispositif restreint. Le chœur est omniprésent et actif, même lorsqu’il ne chante pas, ce qui dynamise le tout. Le travail sur les lumières achève de compléter la sensation de réussite de ce très joli spectacle, en déformant notamment le mur qui sert de décor pour mieux évoquer les menaces, crises ou destructions. Les Virtuosi Brunenses, placés sous la direction de Luciano Acocella, soutiennent magistralement les chanteurs débordant d’enthousiasme.

© Paul Secchi

© Paul Secchi

Le Comte Ory

Le soir même, c’est à la Trinkhalle que se retrouvent les festivaliers pour l’œuvre la plus connue de la programmation du cru 2016. Le Comte Ory est ainsi donné en langue originale, le français, dans une mise en espace assurée une nouvelle fois par Nicola Berloffa. Peu d’accessoires et de décors, donc, mais beaucoup de fougue et d’allant pour cette comédie parodique drôle et enjouée. Certains chanteurs ont des talents comiques indéniables et ne manquent pas de faire rire, en particulier certains membres du chœur. Cela dit, le bât blesse en matière de prononciation et il manque un je-ne-sais-quoi pour faire de ce spectacle une pleine réussite. On reste sur son quant-à-soi, surtout que Gheorghe Vlad, dans le rôle du comte égrillard à la poursuite de belles femmes, semble à la peine, avec un temps très long pour se mettre réellement en voix et des aigus tirés. Heureusement, il est entouré par une équipe de jeunes femmes aussi ravissantes et pimpantes que leur chant est frais et surtout très prometteur. Karina Repova, en jeune page, fait des merveilles. Sa maîtrise vocale déjà très assurée est encore magnifiée par un enthousiasme communicatif. Sara Blanch, en comtesse de Formoutier qui résiste au séducteur Ory mais le laisse entrer chez elle, déguisé en nonne, sans le reconnaître, est délicieuse. Mae Hayashi, en gardienne de château, est époustouflante dès qu’elle émet ses beaux graves de contralto. Si les Virtuosi Brunenses, menés par Luciano Acocella, sont un peu moins brillants que d’ordinaire, on ne peut guère leur en vouloir : après tout, c’est leur troisième opéra ou récital en 24h ! Quant aux chœurs de la Camerata Bach Chor Poznań, sous la direction d’Ania Michalak, ils sont comme toujours impeccables et ce sur l’ensemble du festival.

Sans parler de véritable déception, ce Comte Ory aurait pu être formidable en termes de mise en espace et d’allant, surtout si on se réfère à ce que le festival nous offre d’habitude. Sans doute s’agit-il d’un coup de fatigue et la quinzaine qui vient de s’écouler a été très éprouvante, notamment pour la chaleur, plutôt pénible selon les dires des organisateurs. On attend donc la suite avec confiance…

©  Toni Bofill

© Toni Bofill

Il Conte di Marsico

Le lendemain samedi, avant-dernier jour de festival, on se retrouve une nouvelle fois au Kurtheater qui affiche complet. On découvre aujourd’hui une rareté : l’opéra de Giuseppe Balducci, lui-même bien oublié, n’a été donné qu’une seule fois, en 1839, dans la maison d’une riche famille napolitaine. Les chroniques de l’époque attestent du succès de l’œuvre et, de fait, la musique en est très belle, dès la première écoute. L’orchestration est perdue et c’est une transcription pour piano qui est proposée ici, avec l’accompagnement de deux instruments cachés en coulisses. Mise en scène par le directeur du festival, Il Conte di Marsico est une coproduction et a déjà été créée au printemps dernier à Barcelone, au Teatre de Sarrià, avec les mêmes chanteurs, décors, costumes et accessoires. L’intrigue de l’opéra, relativement complexe, se situe au xiiie siècle et concerne deux familles nobles, ennemies pour des motifs politiques, dont les relations sont encore compliquées par un héritage délicat à gérer et des intrigues amoureuses à la Roméo et Juliette. Jochen Schönleber est néanmoins parvenu à faire ressortir de l’intrigue les éléments essentiels et la compréhension de l’œuvre en devient dès lors très aisée. Cet imbroglio caractérisé par des amours contrariées qui se terminent toutefois bien comporte aussi des éléments plus légers, que le metteur en scène met précisément en valeur : sa vision de l’opéra ne manque pas d’humour et la scène finale est, à cet égard, particulièrement réjouissante. Puisque les moyens du festival sont limités, on fait feu de tout bois et ce sont des objets de tous les jours qui servent d’accessoires, ce qui confère à l’œuvre un caractère très quotidien, simple, mais aussi universel. Ce n’est pas le moindre mérite de cette production qui regorge d’inventivité et d’esprit. Les heaumes des deux chevaliers sont ainsi des seaux en aluminium dans lesquels on a creusé deux rectangles. On se croirait chez les Monty Python. Les boucliers sont des séchoirs à linge pliés et les épées, des pelles à saleté emmanchés tandis que le duel a lieu devant des draps tendus, le tout du plus bel effet…

L’opéra a été écrit pour les élèves de Balducci, les filles de la commanditaire de l’œuvre. Le casting est donc exclusivement féminin, et l’œuvre tire le meilleur parti possible de toutes les configurations imaginables ; le belcanto qui en découle propose ainsi de subtiles variations sur une ample palette de sentiments et de situations vocales, du monologue aux tutti, en déclinant tous les configurations. Bien dirigées, les jeunes chanteuses donnent le meilleur d’elles-mêmes. Mae Hayashi, déjà impressionnante la veille, est tout aussi remarquable dans son rôle de mère cupide aux accents nobles et profondément humains, tout de même, qui nous laissent très admiratifs devant sa voix, dont on attend avec sérénité de voir la progression. Serena Sáenz Molinero, dans le rôle de sa fille, est délicieuse et c’est surtout Karina Repova qui, dans un rôle travesti de jeune chevalier, se montre particulièrement prometteuse. D’où vient, malgré tout, l’impression que quelque chose cloche tout au long du premier acte ? Les tempi adoptés par les pianistes paraissent un peu trop lents et empèsent la progression de l’intrigue comme le développement et le dynamisme du chant. Mais après la pause, le rythme se fait plus rapide et la sauce prend enfin. On ne peut que souhaiter à cette œuvre de sortir de ce trop long oubli qui lui a été imposé, alors qu’elle mériterait d’entrer au Répertoire. Il reste à présent deux petites heures avant de découvrir l’opéra de Bellini, juste en face, dans la Trinkhalle.

Bianca e Gernando

Vincenzo Bellini, mort à 34 ans, n’a composé que dix opéras, ou plutôt onze si l’on compte les deux versions de Bianca et Gernando créé à Naples le 30 mai 1826 à Naples et devenu Bianca e Fernando pour une nouvelle version définitive, à Gênes le 7 avril 1828. Ces deux opéras de jeunesse sont excessivement rarement donnés et on se réjouit que l’on ait choisi de proposer le premier d’entre eux ici à Bad Wildbad, en version de concert. Bianca e Gernando avait rencontré un triomphe lors de la création et le style bellinien est tout à fait perceptible dans cette œuvre dont des pages ont été réutilisées pour les œuvres futures, notamment dans Norma. La célèbre mélodie bellinienne, si touchante et délicate, est déjà largement présente dans l’opéra.

Bianca et Gernando (à l’origine, c’est le prénom Fernando qui avait été choisi, mais pour éviter une confusion avec l’héritier du trône qui portait le même nom, on se contente d’incrémenter d’une lettre) sont frères mais ont été séparés dans l’enfance. Celui qui tient prisonnier leur père Carlo, l’usurpateur Filippo, a réussi à séduire Bianca qui s’apprête à l’épouser, ne sachant rien de la trahison de son amoureux. Gernando revient d’exil et informe sa sœur de la vraie personnalité de son fiancé. Bianca se rallie à sa cause et Gernando parvient à libérer son père puis à délivrer Agrigente du joug du tyran Filippo.

L’œuvre requiert de sérieuses qualités vocales ; elle avait été écrite notamment pour Rubini. Et cela tombe bien, c’est à nouveau le ténor Maxim Mironov, dont l’hommage à Rubini avait enchanté les festivaliers, qui tient le rôle de Gernando. On se délecte une fois de plus de ses qualités vocales idéales pour incarner le héros excessif dans ses sentiments et déterminé dans sa lutte, le tout avec fermeté et autorité. À ses côtés, Silvia Dalla Benetta est une délicate Bianca, effondrée puis déterminée. Par ailleurs, c’est à peine si on remarque qu’elle se déplace peu et lentement ; de fait, on lui offre systématiquement le bras et la jeune femme s’appuie, en coulisses, sur des béquilles. Le duo qu’elle forme avec Maxim Mironov est cependant très convaincant et la voix, elle, est intacte. Dans un registre très différent de celui dans lequel on l’avait entendu dans Demetrio e Polibio, la basse Luca Dall’Amico déploie des trésors de gravité, de retenue et de souffrance lasse. Le chant bellinien lui sied idéalement. Aussi séduisant que vocalement à l’aise, le baryton Vittorio Prato incarne un superbe Filippo. Formé entre autres par Luciano Pavarotti, le jeune homme se produit sur les plus grandes scènes internationales et continue à fréquenter le festival de Bad Wildbad où on a déjà pu l’entendre à plusieurs reprises. Sa prestation est de très haute qualité. Autour de ce quatuor, les quatre autres rôles se montrent à la hauteur de leur tâche. Antonino Fogliani sait valoriser tous les pupitres de son orchestre, les inusables Virtuosi Brunenses, dont il faut saluer au passage, en plus de son look de corsaire, fichu noué sur le crâne, la beauté de l’interprétation du soliste violoncelliste. Tout juste pourrait-on reprocher au chef des tempi un peu rapides, où les fameux (et sublimes) silences belliniens n’ont pas le temps de s’épanouir… Mais nous vivons une soirée de rêve et l’on attend avec impatience le CD qui devrait sortir avant la prochaine édition.

Rossini & Co.

Ce dimanche 24 juillet marque la fin du festival. S’il nous est malheureusement impossible de rester l’après-midi pour assister, dans la Trinkhalle, à la représentation du rare Sigismondo de Rossini qui clôture effectivement la quinzaine, au moins avons-nous la chance d’assister, dans le Kurtheater plein une fois encore, au traditionnel Rossini & Co. Comme tous les ans, ce concert permet d’entendre, les uns à la suite des autres, les chanteurs de la master class de la basse bouffe vénitienne Lorenzo Regazzo, qui fait fort judicieusement profiter ses élèves de son expérience du chant à l’italienne (et de sa science théâtrale, qu’on a eu l’occasion d’apprécier les années précédentes). Si, au cours des auditions des années passées, on était souvent obligé d’être bienveillant face à des défauts de jeunesse de chanteurs dont on sentait que la voix devait encore largement progresser, cette année, le contexte est très différent. C’est un cru exceptionnel auquel nous avons affaire et la qualité de la quasi-totalité des chanteurs est tout à fait remarquable. On en reste pantois. Les airs choisis donnent l’occasion d’entendre quelques-unes des plus belles arias du belcanto mais également de très beaux passages piochés chez Verdi, Gounod, sans oublier des Péchés de vieillesse rossiniens. Comme chaque année, une série de prix va couronner les meilleurs interprètes, à commencer par l’excellent baryton Antonio Pellegrino, qui obtient le Prix du public déterminé à l’applaudimètre. Sara Blanch, qui avait obtenu le Prix du public l’année passée et dont on se disait qu’elle allait forcément progresser rapidement, est effectivement tout à fait au point maintenant, avec une science et une facilité des aigus épatante. Pour le Prix de l’International BelCanto Prize doté de 1000 euros et d’un futur engagement pour un rôle dans une édition à venir du festival, le directeur Jochen Schönleber, venu annoncer les prix à l’issue du récital, avoue avoir eu, avec ses collaborateurs, beaucoup de mal à départager les chanteurs. On le comprend, tant le niveau est excellent cette fois, soulignons-le à nouveau. Ce n’est donc pas un mais trois prix qui sont attribués ex-aequo à César Arrieta (dont nous avions souligné l’année passée les exceptionnels moyens, alors qu’il semblait en petite forme dans Demetrio e Polibio), à Serena Sáenz Molinero et à Karina Repova, excellentes dans Il Conte di Marsico.

C’est avec un petit pincement au cœur qu’on quitte ce festival si riche de découvertes et dont la qualité vocale ne cesse de s’améliorer. On attend avec impatience les surprises que nous réserve Jochen Schönleber pour la prochaine édition. Le directeur précise cette année que, si les derniers jours du festival ont permis un remplissage optimal, les premières du début de la manifestation n’ont pas vu la Trinkhalle se remplir. On ne peut qu’espérer que la quinzaine de juillet 2017 fera le plein pour la 30e édition. Longue vie à cet épatant et important festival !

www.rossini-in-wildbad.de

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