Hanna et ses films

Extrait du film L’Amour est plus froid que la mort (1969) de Rainer Werner Fassbinder

Muse de Fassbinder, la mythique Hanna Schygulla est l’invitée d’honneur d’Augenblick. Zoom sur la programmation de la 16e édition du festival de cinéma de langue allemande en Alsace.

Cette année à nouveau, Augenblick ressemble à un bouquet cinématographique allemand, suisse et autrichien
avec sa compétition (six films dont le très attendu Curveball de Johannes Naber sur la Guerre en Irak), une section documentaire fournie incluant notamment World Taxi, où Philipp Majer suit cinq chauffeurs charismatiques et leur clientèle dans autant de villes du monde, ainsi que de belles découvertes. Dans ce registre, citons Bruno Manser, la voix de la forêt tropicale, long métrage helvète (inédit en France qui connut un vif succès dans son pays) narrant la mystérieuse destinée d’un activiste écologiste en Malaisie, dans la forêt du Sarawak, mais aussi Lands of murders de Christian Alvart, polar d’après la chute du Mur dans une RDA sur laquelle planent encore d’inquiétants fantômes.
Mais le cœur de l’événement consiste en une rétrospective consacrée à l’actrice allemande Hanna Schygulla, « poupée de chair de Fassbinder » (qui la fit tourner onze fois), comme elle s’était un jour décrite, et égérie de l’Antiteater, troupe qu’il avait fondée à la fin des années 1960. Au fil des films se dévoile une icône à la présence prégnante, une femme fatale, éternelle admiratrice de Louise Brooks. Le festival nous permet en effet de (re)découvrir son talent à travers sept étapes, promenade fassbinderienne au premier chef, puisqu’on y verra L’Amour est plus froid que la mort, son premier long métrage, matrice où les fondamentaux de sa grammaire artistique se mettent en place, encore mâtinée des influences de Straub ou Godard. Grattant l’âme là où ça fait le plus mal, faisant fi de la notion de “convenable”, le réalisateur boulimique livre une description hallucinée de la société de l’après-guerre : « Il a été le Balzac du cinéma allemand » résume Yann Lardeau dans l’essai qu’il lui consacra. Et dans cette comédie humaine, Hanna Schygulla est une figure centrale. Ses personnages questionnent l’histoire de son pays que ce soit dans Effi Briest, adaptation du célèbre roman de Theodor Fontane ou Lili Marleen, film éblouissant permettant d’apprécier sa voix poignante, de celles qui vous font monter les larmes au bord de l’âme, avec ses douceurs et son indolence sensuelle. Sans oublier Le Mariage de Maria Braun, allégorie de la fin de la Guerre, entre volonté de s’en sortir à tout prix et inéluctables souffrances qui en découlent. Le portrait est complété par Le Faussaire où Volker Schlöndorff pose son regard sensible sur le Liban en guerre, De l’autre côté, opus devenu culte de Fatih Akın et L’Amie de Margarethe von Trotta.


Dans les cinémas indépendants d’Alsace fédérés par le RECIT (Réseau Est Cinéma Image
et Transmission), du 3 au 20 novembre
festival-augenblick.fr

Au Star Saint-Exupéry (Strasbourg), master-class avec Hanna Schygulla (04/11, 19h30) et spectacle avec sa complice Etta Scollo (05/11, 19h45)
cinema-star.com

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