Bonnie and Clyde

Photo de Benoît Linder pour Poly

Accroche Note est une figure emblématique de Musica depuis sa création. Portrait de l’ensemble strasbourgeois formé autour de la soprano Françoise Kubler et du clarinettiste Armand Angster.

Flash-back. Nous sommes en 1981, la culture bouillonne sous l’impulsion de Jack Lang et la musique est en fusion grâce à Maurice Fleuret, alors en charge du domaine au Ministère. Cette année-là, naît Accroche Note, « en pleine effervescence » s’amuse Françoise Kubler. Au départ, « nous nous intitulions “Groupe de réalisation musicale”, parce que nous voulions couper les ponts avec les canons du concert traditionnel, aller vers des hybridations mêlant partition, théâtre, performance… », poursuit- elle. « Non ? Je ne me souviens pas, c’était hyper prétentieux comme appellation », se marre le clarinettiste Armand Angster, son complice à la vie et à la scène. Autour d’eux, se crée un ensemble à géométrie variable aux contours évolutifs en fonction des projets, « ouvert à toutes les esthétiques. Nous voulions simplement accrocher les notes ensemble, contribuer à ce que la musique dite contemporaine soit moins redoutée par le public », précise-t-il. Trente-cinq ans et des brouettes plus tard, ils sont devenus des références, ayant participé à toutes (!) les éditions de Musica : cette année ne fait pas exception, puisqu’ils prennent part à la trilogie dressant un portrait du compositeur Hugues Dufourt. « Nous avons grandi en même temps que Dusapin, Aperghis et les autres », résume la soprano qui pointe « un goût immodéré pour la musique de [s]on temps. J’ai fait du chant pour explorer ce répertoire après avoir flashé sur des pièces d’Ivo Malec ou de Xenakis. » Depuis sa création, Accroche Note a suscité 262 créations mondiales – tous les compositeurs importants, ou presque, ont écrit pour eux – et compte une vingtaine d’opus dans sa discographie. Et le clarinettiste de renchérir : « Une musique qui n’a jamais été jouée demande une recherche, une réflexion. Il n’y a aucune référence et la partition a besoin d’un temps incroyable pour être apprivoisée. C’est ça qui nous plaît, mais aussi d’être au plus près des jeunes créateurs. » En 2020, il vont ainsi arpenter les Conservatoires de Metz, Reims et Strasbourg pour faire découvrir, après une résidence, des pièces des étudiants des classes de composition. Dans un univers parfois trop policé, Accroche Note dénote par son côté rock’n’roll. Les Bonnie and Clyde de la musique contemporaine ont encore plus d’un tour dans leur sac : « Nous n’avons pas envie que ce répertoire s’embourgeoise. Il y a quelques années, nous avons joué à Odessa dans un festival durant deux jours et deux nuits non-stop au cœur d’une usine en ruines. Il ne faut surtout pas perdre cette énergie. »


À la Salle de la Bourse (Strasbourg), mercredi 25 septembre
festivalmusica.fr
accrochenote.com

vous pourriez aussi aimer