Un Fou amoureux

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Maquettes des décors de Benoît Dugardyn

Une histoire d’amour (un peu) et de folie (beaucoup) pleine de souffrances : tel est le résumé lapidaire du Werther de Massenet monté par Paul-Émile Fourny avec une distribution 100% francophone.

 

Pour Paul-Émile Fourny, « Werther est l’opéra de Massenet par excellence », où s’exprime avec tant d’élégance ce “romantisme à la française” pétri à la fois d’une intimité toute en transparences et de références wagnériennes avec ses airs à la puissante modernité. Pour le directeur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, il s’agit « plus de l’histoire d’un fou qui devient amoureux que de celle d’un amoureux fou ». Il considère ainsi Werther comme un « homme au caractère en dents de scie qui va fixer sa névrose morbide sur Charlotte. Sa démence va le mener au suicide. » Pour porter cette vision pathologique du personnage de Goethe, le metteur en scène a imaginé « un immense tableau évoluant au fil de ses obsessions ». Le premier acte, par exemple, est un jeu permanent entre rêve et réalité : la maison du Bailli dans laquelle Werther rencontre sa bien-aimée est en fait une gigantesque toile qu’il revient admirer jusqu’au vertige dans un musée. Peu à peu, les personnages s’animent et lui parlent. « Il est sur le fil du rasoir. Est-il fou ? Construit-il un récit fantasmatique ? » La métaphore picturale se poursuit ensuite dans des univers inspirés de Magritte. Le spectateur est plongé dans les visions démentes de Werther, « projections mentales entre rêve et réalité ». Comme dans La Rose pourpre du Caire, Charlotte, pour sa part, sort au sens propre du tableau où elle est enfermée par devoir parce qu’elle « est contrainte, par le poids des traditions et par un modèle social déniant à la femme le droit de disposer d’elle-même, à épouser un homme qu’elle n’a pas choisi », alors qu’elle aime Werther. Symboliquement elle échappe ainsi à son emprisonnement. Un des défis majeurs relevés par Paul-Émile Fourny est en outre d’avoir choisi une distribution 100% francophone pour cette œuvre – option évidente, mais qui inexplicablement n’est pas le lot commun du genre… ce qui occasionne bien des massacres – privilégiant la fraîcheur des prises de rôles avec des « artistes totalement vierges vis-à-vis des personnages ». Dans le rôle-titre, on retrouvera ainsi le ténor Sébastien Guèze (impeccable Faust il y a quelques années) tandis que Charlotte sera incarnée par la mezzo canadienne Mireille Lebel, au timbre éclatant et glamour.

À l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, du 3 au 7 février

www.opera.metzmetropole.fr

À L’Opéra de Massy, vendredi 24 et dimanche 26 février

www.opera-massy.com

À l’Opéra de Reims, dimanche 19 et mardi 21 mars

www.operadereims.com

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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