Total baroque

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© Bettina Stöß

Pour sa première mise en scène opératique, le chorégraphe Stijn Celis s’attaque à Platée de Rameau. Le directeur de la danse du Saarländisches Staatstheater livre une version baroque ancrée dans la contemporanéité de ce ballet bouffon.

En s’emparant du plus célèbre opéra de Rameau, Stijn Celis a souhaité se couler dans un univers « pétillant, baigné par une musique rayonnante de plaisir mise au service d’une histoire grinçante en forme de satire ». C’est celle de Platée, très laide nymphe qui se croit néanmoins irrésistible, évoquant dans cette mise en scène un avatar verdâtre de Divine aux cuisses énormes et au derrière à l’avenant. Jupiter affirme vouloir l’épouser afin de rendre sa Junon de femme jalouse : voilà le point de départ d’un ouvrage parodique – où les caractéristiques de la très sérieuse tragédie lyrique sont outrées avec bonheur – plein de quiproquos et de péripéties qui s’achèvera par l’humiliation de la présomptueuse créature pour qui le metteur en scène a néanmoins « de la compassion ». L’action se déploie dans un univers kitsch tendance arty peuplé de freaks : Momus évoque Kurt Russell dans New York 1997 de John Carpenter, Thespis est un clone de The Joker dans le plus dark des Batman, La Folie se promène telle une clignotante diva toujours accompagnée d’un clone de Mimie Mathy en smoking, tandis que Mercure pourrait être confondu avec un des membres de Modern Talking. Tout ce petit monde s’ébat sur une musique bondissante interprétée avec l’élégance qui lui sied par un Saarländisches Staatsorchester très inspiré, placé sous la baguette extrêmement ductile de Christopher Ward.

Si le plateau vocal est homogène (mention spéciale à Yitian Luan, éblouissante dans le rôle de La Folie avec sa voix aux délicates couleurs et à Markus Jaursch, Jupiter divin), les scènes dansées représentent le véritable sel de cette production dans laquelle on ne s’ennuie pas une seconde : nus, le sexe dissimulé par une boite “orange Hermès” ornée d’un gros nœud, les danseurs du Ballet du Saarländisches Staatstheater réalisent une chorégraphie qui tient de la cérémonie sacrée Sioux, du sauvage haka des îles du Pacifique Sud et des figures de la danse la plus classique avec entrechats et délicats portés… C’est à la fois d’une intense élégance et d’une totale bouffonnerie, collant comme un gant à l’esprit d’outrance et de burlesque irriguant l’œuvre de Rameau.

Au Saarländisches Staatstheater (Sarrebruck), jusqu’au 14 juin

+ 49 (0)681 30 920 – www.theater-saarbruecken.de

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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