Sous surveillance

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Structures of Power, 2016-2017, Esther Hovers

Vous rêviez de jouer au détective, de scruter des comportements suspects tel un système de vidéosurveillance intelligent ? Avec son exposition Structures of Power, la jeune artiste néerlandaise Esther Hovers vous en donne l’occasion.

C’est en tant qu’investigatrice qu’Esther Hovers s’est lancée dans son projet False Positives, cœur de l’exposition, qui aborde la question du contrôle exercé dans l’espace public et son sens politique. En mettant en scène les systèmes de surveillance intelligents, capables de détecter les comportements jugés dangereux, elle interroge la frontière entre déviance et normalité. Esther Hoversa choisit de porter son regard sur les rues du quartier d’affaires de Bruxelles, imaginé comme une scène de théâtre où les passants deviennent des figurants, scrutés par les yeux attentifs des caméras de surveillance. Le travail a été réalisé avec l’aide d’experts affirmant que l’algorithme des systèmes de surveillance est construit sur huit différentes anomalies comportementales. Les résultats sont des dessins, des photographies ou même des films. On y aperçoit des scènes de rue : parfois un homme court vers une foule, un groupe de personnes se déplace abruptement, une femme semble regarder dans le vide… En somme, des gestes de tous les jours qui, par la prise de vue, deviennent subitement suspects. Un algorithme peut-il alors vraiment détecter des dangers derrière un langage corporel ? Comment reconnaître l’un de ces huit comportements soi-disant anormaux ? En tous les cas, l’artiste les a inclus à l’intérieur de ses images. Au tour des visiteurs de les trouver. À l’étage supérieur, Esther Hovers expose ses œuvres plus récentes. Elle y entreprend une réflexion sur le vaste sujet des structures du pouvoir dans l’urbanisme et l’architecture. Ici, le travail avec des cartes territoriales lui permet, par exemple, de rendre compte du lien entre cartographie et politique : le contrôle est quelque chose qui est aussi exercé à travers la planification des espaces publics dans les villes. En dévoilant ainsi les structures sous-jacentes du pouvoir par le biais de ses travaux, Esther Hovers réussit le pari de rendre tangible une thématique abstraite.

Au centre d’Art Dominique Lang (Dudelange, Luxembourg), du 6 mai au 9 juin

galeries-dudelange.lu

 

 

Raphaël Schmeller
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