Saxophone New yorkus

Ellery Eskelin est apparu il y a quelques années dans la galaxie des furieux souffleurs d’avant-garde. À Pôle Sud, il se présente en trio avec orgue, distillant une écriture forgée au feu de New York et des grands compositeurs américains.

Trente années de présence à New York laissent des traces pour un musicien aussi ancré dans la cité qu’Ellery Eskelin. Habitué de la scène downtown, il est connu pour ses interventions improvisées radicales, notamment avec l’accordéoniste Andrea Parkins et le batteur Jim Black, enregistrant pour des labels pointus comme les Suisses d’Hatology. Les amateurs de la Knitting Factory l’ont aussi croisé avec le guitariste Marc Ribot, le batteur Joey Baron ou le violoncelliste Erik Friedlander, tous amis d’un certain John Zorn. Voilà un CV rudement jouissif pour les amis de l’impro et du jazz le plus contemporain… C’est donc avec étonnement qu’on découvre ce ténor, depuis deux ans, dans un répertoire plus “classique”, un registre où on ne l’imaginait pas. Sans doute que l’influence d’une mère jouant, au cœur des années 1960, de l’orgue Hammond ne pouvait que le marquer durablement.

Avec Gary Versace diaboliquement véloce et imaginatif à l’orgue Hammond et Gerald Cleaver, batteur d’une grande finesse et d’une magnifique flexibilité, il a fondé le New York Trio. Reprenant des standards comme Lover come back to me ou Deep is the ocean, les trois compères les ont rôdés, malaxés, triturés dans plusieurs lieux de Greenwich Village durant près d’un an avant de les enregistrer pour deux CDs parus chez Prime Source Recordings depuis 2011. Le ténor Ellery Eskelin s’y révèle charmeur, lyrique et résolument doué pour jouer Cole Porter, Irving Berlin et Thelonious Monk, ayant pour grands ancêtres certains opus publiés par Blue Note, du temps où l’orgue avait une importance capitale pour la musique noire. Sous le calme apparent couve cependant le feu qui habite l’artiste depuis ses débuts. En live, il réussit à déclencher des éruptions sonores passionnantes. Pour ce projet, Eskelin insiste comme jamais sur l’apport de “sa” ville, New York, et sur les expériences musicales qui s’y déroulent. Il puise une énergie rare dans ce matériel vivant et plonge au cœur même du métier de jazzman, dans ces grandes chansons inoxydables de Tin Pan Alley et ce passé musical glorieux aujourd’hui englouti. Ce fameux Great American Songbook auquel tous les amateurs de jazz rêvent encore.

À Strasbourg, à Pôle Sud (dans le cadre de “Jazzdor / Pôle Sud : la saison”), vendredi 11 octobre
03 88 39 23 40 – www.pole-sud.fr

www.jazzdor.com

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