Pense-bête

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© Michel Klein

Après trente ans d’existence et autant de spectacles, la compagnie strasbourgeoise Flash Marionnettes tire sa révérence avec une ultime création au TAPS. Peuplé de bestioles en latex plus vraies que nature, Animal dépeint la condition humaine avec humour et engagement.

Depuis 1985, “les Flash” était devenus incontournables dans le grand monde de la marionnette. Imposant au fil des décennies leur patte malicieuse, leurs personnages irrésistibles et leur technique virtuose, ils se sont toujours servis de l’humour comme d’une arme contre la bêtise et l’intolérance. Cheminant entre textes du répertoire (Shakespeare, Gozzi…) et écritures contemporaines (notamment par la plume complice de Philippe Dorin), la compagnie alsacienne a exploré l’art de la marionnette sous toutes ses coutures et expérimenté des univers variés, des sujets d’actualité aux contes fabuleux. La reconnaissance est très vite au rendez-vous et les tournées aux quatre coins du monde s’enchaînent.

Apothéose théâtrale Après trente ans d’inventivité débridée, l’aventure commune s’arrête avec un dernier spectacle, laissant place à des envies nouvelles pour chacun des artistes. « Je vais retourner à mes premières amours, du côté de la musique », confie le metteur en scène Ismaïl Safwan, en évoquant les difficultés de gérer une compagnie aujourd’hui. Si Animal est le bouquet final, la mélancolie n’est pas le genre de la maison. « Nous avons retrouvé pour ce spectacle le même enthousiasme, le même bouillonnement créatif que pour le premier ! Nous y avons mis toutes nos forces ! Il sera plein d’inventions, de surprises et du meilleur de ce que nous avons toujours tenté de mettre au service de notre art. » Fasciné par l’univers animalier, sa bigarrure et sa richesse esthétique, Michel Klein, concepteur et manipulateur des marionnettes, a lancé le thème de cette ultime création. Conçue pour quarante marionnettes et deux comédiens, elle est composée de plusieurs petites fables contemporaines. « Chacune traite d’un problème crucial, comme l’utilisation des animaux de laboratoire, l’extinction des espèces, la domestication de certaines bêtes », explique Ismaïl Safwan. Tout commence soixante-cinq millions d’années avant notre ère, tandis que deux sympathiques dinosaures se demandent ce que peut bien être ce point lumineux qui grossit inexorablement dans le ciel en se dirigeant droit sur eux. Ils ne savent pas encore que dans trois minutes, une météorite va les rayer de la surface du globe. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, pas toujours assez pure hélas, pour préserver la biodiversité. Aujourd’hui des milliers d’espèces s’éteignent sans que les consciences s’allument pour autant.

Humanisme animal Fidèle à son discours humaniste, la compagnie cherche à chatouiller la réflexion. « Ce sera plus stimulant que catastrophiste, car il vaut mieux alerter que gémir. » Se souvenir d’où l’on vient n’est pas toujours inutile non plus. Dans un numéro de ventriloquie désopilant, un chimpanzé apprend ainsi à l’Homme qu’il descend bel et bien de lui. Une leçon sur le respect des ancêtres, en quelque sorte… Pourtant les animaux continuent d’être instrumentalisés, comme l’évoque cette fable qui se déroule sur Mars où l’on croise une chienne et un singe envoyés dans l’espace, cobayes au service de la mégalomanie des humains. Une fois n’est pas coutume, les textes ont été écrits “au plateau”, par le metteur en scène et les deux acteurs. « Les marionnettes étaient déjà créées, nous avons travaillé sur des improvisations avant d’aboutir au texte final. » Comme à son habitude, Flash Marionnettes privilégie la manipulation à vue, « l’illusion avouée » qui révèle la dextérité des mains. « Nous aimons confronter le marionnettiste à sa marionnette, pour se demander finalement qui manipule qui. Ici, ce sont deux perroquets qui vont donner des ordres aux comédiens tout au long du spectacle ». La compagnie réalise également une extraordinaire performance sur les voix, une autre de ses marques de fabrique. « Nous avons toujours beaucoup cru aux textes, même si notre art demeure très visuel. Il y a un important travail sur les timbres, les tics de langage. » À la façon d’un Jean de La Fontaine du XXIe siècle, Flash Marionnettes peint sous les traits d’animaux le portrait peu glorieux d’une humanité pas si évoluée. Au milieu de ce bestiaire étonnant, le plus redoutable de tous semble bien être l’Homo sapiens, capable du pire… et parfois du meilleur. Mais qu’on se le dise, le rire, n’en déplaise à Rabelais, n’est pas le propre de l’homme : nous l’avons en commun avec les grands singes.

À partir de 7 ans

À Strasbourg, au TAPS Scala, du 6 au 11 octobre

03 88 34 10 36 – www.taps.strasbourg.eu

À Saverne, à l’Espace Rohan, vendredi 27 novembre

03 88 01 80 40 – www.espace-rohan.org

À Rixheim, à La Passerelle, vendredi 11 décembre

03 89 54 21 55 – www.la-passerelle.fr

Puis en 2016

À Ribeauvillé, à l’Espace culturel Le Parc, vendredi 15 janvier www.ribeauville.net

À Haguenau, au Théâtre, samedi 23 janvier www.relais-culturel-haguenau.com

À Kingersheim, dans le cadre de Momix, jeudi 28 et vendredi 29 janvier www.momix.org

À Huningue, au Triangle, samedi 30 janvier www.ville-huningue.fr

À Saint-Louis, à La Coupole, mardi 2 et mercredi 3 février www.lacoupole.fr

À Illzach, à l’Espace 110, mercredi 24 février www.espace110.org

À Schweighouse-sur-Moder, à La K’artonnerie, samedi 5 mars www.mairie-schweighouse.fr

À Obernai, à l’Espace Athic, vendredi 18 mars www.espace-athic.com

À Ostwald, au Point d’Eau, vendredi 22 avril www.lepointdeau.com

www.flash-marionnettes.org

 

Dorothée Lachmann
Dorothée Lachmann
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