Patience, mon cœur

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© Klara Beck

Perle lyrique française oubliée, Pénélope de Fauré est mise en scène par Olivier Py à l’Opéra national du Rhin avec un casting vocal irréprochable.

Après Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas, Olivier Py est de retour à l’Opéra national du Rhin pour une autre rareté, Pénélope, unique opéra de Fauré, les deux pièces formant un diptyque cohérent pour lui, puisqu’il s’agit de « deux portraits de femmes écrits au début du XXe siècle, de deux œuvres sur l’attente et l’inquiétude ». Avec son complice Pierre-André Weitz, il a imaginé une complexe structure cylindrique tournante figurant le palais du roi d’Ithaque où sa femme tisse un linceul le jour, défaisant son ouvrage la nuit. L’histoire est bien connue…  Dans ce décor qui tient autant de la forteresse mycénienne – pour son aspect massif et inquiétant – que du bâtiment renaissance avec ses perspectives et ses échappées belles multiples se déploie une (non) action qu’Olivier Py a choisi de densifier en rajoutant des personnages, parfois de manière très judicieuse. On découvre ainsi un Télémaque muet qui souligne chaque épisode avec finesse et un Laërte subclaquant qu’on croirait installé dans un EPHAD venant rappeler l’importance de la présence tutélaire du père, substrat souvent oublié de la geste homérique. Certaines adjonctions, témoignant d’un véritable tropisme animalier, sont plus discutables : si l’on comprend la présence d’un chien au début de la pièce – Argos, le seul qui reconnaît Ulysse –, celle d’un cheval arpentant la scène recouverte de dix centimètres d’eau stagnante est largement explétive et tient du “spectaculaire gratuit”. Pour le reste, l’esthétique attachante du directeur du Festival d’Avignon est aisément reconnaissable : atmosphères sombres, lumières blafardes orgies lascives où des prétendants en rut (lookés comme des paramilitaires fascistes tout droits sortis du Salò de Pasolini) lutinent des servantes accortes et à demi nues dans un ballet sensoriel que certains trouvèrent too much mais qui tient la route.

© Klara Beck

Interprétée par un Orchestre symphonique de Mulhouse en progrès constant (dirigé par Patrick Davin qui ne ménage pas ses efforts pour générer une belle cohésion), la musique contemplative de Fauré semble être écrite pour mettre les voix en avant… Et c’est sans doute dans le plateau vocal que réside la plus grande satisfaction de cette production rassemblant des chanteurs exemplaires comme, dans le rôle titre, Anna Caterina Antonacci tragédienne d’exception au phrasé à la précision chirurgicale. Face à elle se trouvent l’Ulysse de Marc Laho plein de clarté, incarnant un personnage où le courage se mêle ou doute existentiel, la nourrice impeccable d’Élodie Méchain et le berger du vétéran Jean-Philippe Lafont qui fait oublier quelques absences de nuance par une voix et une présence à la scène qui semble d’une inextinguible prégnance.

À Strasbourg, à l’Opéra, jusqu’au 3 novembre

À Mulhouse, à La Filature, vendredi 20 et dimanche 22 novembre

+33 (0)8 25 84 14 84 – www.operanationaldurhin.eu

 

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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