Ors baroques

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© Falk von Traubenberg

À Karlsruhe, Georg Friedrich Haendel (1685-1759) est à l’honneur d’un festival dont c’est la 38e édition. Au sein d’un dense programme se détachent deux opéras, Riccardo Primo et Teseo, ainsi qu’un exceptionnel récital de Vesselina Kasarova.

Depuis près de quarante années, en collaboration avec sa Société Haendel, Karlsruhe est devenu une des capitales européennes du baroque avec un festival de premier plan dédié à un compositeur qui n’avait pourtant jamais mis les pieds dans la cité allemande ! Manifestation majeure à côté de celles de Halle et de Göttingen, ces Händel Festspiele permettent de (re)découvrir de rares opéras comme Teseo (les 20, 22, 25 et 27 février ainsi que dimanche 1er mars). Fable mythologique épique et envoutante de 1713, elle entraîne l’auditeur dans le tourbillon des amours de celui qui terrassa le Minotaure. Entre magie – avec le personnage à l’aura maléfique de Médée qui possède une belle intensité – et virtuosité vocale, l’enchantement est permanent.

Autre atmosphère dans Riccardo primo, re d’Inghilterra (les 24, 26 et 28 février), puisque nous voilà transportés au temps de la troisième Croisade, alors que Richard Cœur de Lion conquiert Chypre. Le livret de cet opéra de 1727, constellé de nombreuses lourdeurs dommageables, pêche de plus par une certaine naïveté… Sans doute Haendel souhaitait-il se faire bien voir en Angleterre dont il venait tout juste d’obtenir la nationalité en s’attaquant à un tel sujet. Si l’on peine à s’intéresser aux circonvolutions d’une histoire se déroulant en 1191, la musique nous emporte avec bonheur dès le début de l’œuvre avec une foudroyante tempête. L’émerveillement se poursuit au fil d’une partition – servie par une distribution d’anthologie où figure l’exceptionnel contre-ténor Franco Fagioli dans le rôle-titre – où alternent pathos, tendresse et héroïsme avec des scènes guerrières particulièrement prenantes. Le metteur en scène Benjamin Lazar plonge le spectateur dans un climat hiératique où le pouvoir se manifeste dans des cascades de pourpre et d’or. Dernier temps fort de ces Händel Festspiele, le récital de la mezzo-soprano Vesselina Kasarova (lundi 2 mars), véritable spécialiste de ce répertoire : orgie pyrotechnique et virtuose annoncée pleine de bruits et de fureur, de sensualité et de douceur mêlées. Attention les secousses !

À Karlsruhe, au Badisches Staatstheater, du 15 février au 6 mars

+49 (0)721 355 70 – www.staatstheater.karlsruhe.de

www.haendel-karlsruhe.de

 

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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