On refait le film

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Outre sa compétition internationale, ses coups de projecteur (sur le parcours de Melvil Poupaud) et focus (le burlesque français), la 31e édition du festival belfortain Entrevues interroge le remake. On rembobine avec Lili Hinstin, sa directrice.

 

Qui est la femme de dos dont on voit les jambes sur l’affiche de cette année ?

Joan Bennett. C’est un fragment d’image tiré de La Rue rouge (1945), méconnue mais magnifique œuvre hollywoodienne de Fritz Lang, inspirée de La Chienne (1931) de Jean Renoir qui est lui-même parti d’un obscur roman populaire de Georges de la Fouchardière…

L’histoire du septième art est pleine de remakes : durant le festival, vous proposez la projection de 16 films suivis de leur relecture…

Nous allons nous livrer au plaisir de voir les points communs et différences entre un film et son modèle, mais aussi d’étudier toutes les façons dont un cinéaste va s’inspirer d’un film. Tous les autres s’appellent Ali (1974), relecture de Tout ce que le ciel permet (1955) de Douglas Sirk par Fassbinder, est marquante. Partant du très grand mélodrame de Sirk où une veuve bourgeoise tombe amoureuse de son jeune jardinier, Fassbinder va encore plus loin dans la transgression sociale. Il s’empare d’un tabou et imagine une femme mûre vivant une passion avec un Marocain, dans une Allemagne des années 1970 décrite comme très raciste.

L’exercice du remake permet-il de pallier une panne d’inspiration pour les cinéastes ?

On s’attaquait à un gros morceau avec cette question et avions un corpus monumental à explorer ! Notre programmation souligne la manière très personnelle qu’ont les cinéastes d’injecter leurs obsessions dans leurs adaptations. Avec La Rue rouge, par exemple, Fritz Lang glisse ses propres questionnements : le déterminisme, le destin tragique, la notion de bien et de mal… C’est intéressant car La Rue rouge est une variation, avec les mêmes acteurs, de La Femme au portrait qu’il a sorti un an plus tôt.

 

Pourquoi faire des “autoremakes”, pratique courante chez les cinéastes ?

Je pense que les réalisateurs sont dans une pratique qui s’affine de plus en plus au cours de leur carrière et qu’ils peuvent ressentir l’envie de ré-expérimenter la mise en scène d’une histoire qui les touche encore. Par exemple en passant du noir et blanc dans les années 1930 à la couleur dans les années 1960 avec Histoire d’herbes flottantes (1934) et Herbes flottantes (1959) d’Ozu : il reste très fidèle au scénario et au découpage original, mais la couleur et les nouveaux acteurs modifient profondément le film. Nous sommes ici très proches du Psycho (1998) de Gus Van Sant qui reprend Hitchcock (1960), plan par plan, tout en proposant un film tout à fait autre !

 

Au Cinéma Pathé et à La Poudrière (Belfort), du 26 novembre au 4 décembre

www.festival-entrevues.com

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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