Ne vous retournez pas

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Pour sa première mise en scène d’opéra, Maëlle Poésy s’attaque à Orphée et Eurydice (1774) de Gluck, une plongée transgressive dans le monde des morts. Entretien.

Travaille-t-on de la même manière avec des comédiens et des chanteurs ?

J’essaie, même si la partition prime à l’opéra. Le rythme est imposé, on ne peut pas tout faire : chanter trop longtemps de dos par exemple est impossible. J’ai néanmoins l’habitude de travailler avec les comédiens sur la question du corps et de l’énergie existant entre les uns et les autres. C’est aussi ce que j’ai fait avec les chanteurs : une distance, un rapprochement, un déplacement lent ou rapide expriment et révèlent, sans avoir besoin de musique ni de mots, l’essence d’un personnage. Je m’efforce de créer de la complexité dans la lecture qu’on peut en avoir grâce à la chorégraphie et au mouvement.

Comment cela se manifeste-t-il dans Orphée et Eurydice ?

Le corps d’Eurydice est marqué par un épuisement croissant au fur et à mesure de sa remontée des Enfers : au départ, elle est une ombre heureuse, libre et flottante, presque sans gravité. Plus elle revient à la vie, plus la pesanteur s’installe en elle. J’ai beaucoup travaillé avec Élodie Fonnard sur ses expressions corporelles.

Qu’est-ce qui vous a attirée dans l’opéra de Gluck ?

C’est avant tout une très belle histoire d’amour et un voyage initiatique… J’avais aussi envie de travailler sur l’idée de transgression – descendre chez les morts revient à affronter le monstrueux et voir ce que personne n’a le droit de voir – et de passage dans un monde où l’ordre et la logique sont complètement inversés.

Cela s’exprime dans un décor où les personnages évoluent en dessous des racines d’un arbre… 

Ils se retrouvent dans un “entre deux sols”. Orphée cherche Eurydice aux Enfers. Elle est morte, mais il peut encore la sauver. L’action s’installe donc dans cet espace-temps suspendu.

Le chœur est un des personnages centraux de l’opéra : quelle place lui avez-vous conféré ?

Il est présent sur scène tout au long de l’opéra, autour d’Orphée et agit sur son destin, délimitant l’espace scénique. Ses membres sont des dieux prenant différentes apparences physiques. Ils se changent à la vue du public, devenant furies, ombres heureuses, etc. Cette métamorphose est au cœur du mythe que décrit si bien Ovide. Elle va de pair avec une métamorphose de l’espace : réaliste au départ, il devient fantastique.

 

Par Hervé Lévy

Photo de Jean-Louis Fernandez

 

À l’Opéra (Dijon), du 4 au 8 janvier

www.opera-dijon.fr

> Rencontre avec Maëlle Poesy après la représentation (08/01)

Au Théâtre Ledoux (Besançon), mardi 17 et jeudi 19 janvier

www.scenenationaledebesancon.fr

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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