Méditations sur l’existence

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AD NAUSEAM, 2014 © ADAGP, Paris 2014 © Vidéogramme Tania Mouraud

Au Centre Pompidou-Metz, se déploie une rétrospective consacrée à Tania Mouraud (né en 1942) : artiste conceptuelle majeure, elle utilise des médias variés (installation, photo, vidéo, performance…) dans une quête ontologique radicale.

En 1968, Tania Mouraud fait sa révolution, brûlant en public toutes ses toiles (abstraites et pop) dans une performance évoquée par une photographie installée à l’entrée de la rétrospective du Centre Pompidou-Metz. Cet acte fondateur annonce le jusqu’au-boutisme d’une artiste qui recherche dans les années 1970 « un supplément d’espace pour un supplément d’âme », pour reprendre l’expression du critique Pierre Restany. Naissent alors des chambres de méditation (à l’intérieur) et des espaces d’initiation (à l’extérieur, posés au bord d’une falaise ou au cœur d’une forêt ; on en découvre les maquettes), structures épurées et immaculées souvent accompagnées d’un travail sur le son avec les musiques minimalistes de Terry Riley ou La Monte Young, ou celle, planante, d’Éliane Radigue pour One More Night où les repères se dissolvent. Ces œuvres constituent des invitations à prendre conscience de soi et de sa place dans le cosmos, à faire le vide. Pour l’artiste, ces pièces devaient êtres installées tous les appartements. Elle préconisait même d’intégrer leur présence au cahier des charges des bailleurs sociaux. Cette vision utopique très seventies se prolonge avec des photographies prenant la forme de mandalas bouddhistes.

« Par mon travail, je montre que la philosophie et l’art devraient et pourraient fusionner pour nous faire progresser sur le chemin de la connaissance », explique Tania Mouraud. Voilà résumée l’essence d’une création multiforme qu’on découvre à Metz : peintures murales dans lesquelles les espacements des lettres sont calculés en fonction du Nombre d’Or, investissement de l’espace public qui, depuis City Performance n°1 (54 affiches portant le mot NI placardée sur les panneaux publicitaires de quatre mètres par trois) est un modus operandi récurrent, ou encore réflexion sur le passé comme dans Sightseeing, vidéo déchirante évoquant le camp du Struthof. On en découvre d’étranges échos dans le récent AD NAUSEAM (2014), installation vidéo se déroulant dans une usine de recyclage de papier : baignés par un vacarme mécanique insoutenable, sur trois immenses écrans, des livres sont malmenés, pelletés, broyés… Le visiteur est mal à l’aise devant cette destruction de la pensée in progress. Les images surgissent, celles des autodafés nazis, des corps empilés dans les camps. Comme si l’artiste nous hurlait au visage que la société de consommation est un totalitarisme aussi mortifère que les autres.

À Metz, au Centre Pompidou-Metz, jusqu’au 5 octobre. Suite à partir du 27 juin avec un parcours dans la ville en neuf étapes
03 87 15 39 39 – www.centrepompidou-metz.fr
www.taniamouraud.com

Raphaël Zimmermann
Raphaël Zimmermann
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