Lux æterna

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Quatuor Béla © Jean-Louis Fernandez

Pour sa septième édition, le festival franco-allemand Je t’aime… Ich auch nicht plonge dans la nuit du IIIe Reich. Avec pour thématique “Entartete Musik, musique dégénérée”, des compositeurs comme Ullmann, Haas, Krása ou Schulhoff sont remis en pleine lumière.

Petit à petit, les Voix étouffées par le nazisme renaissent au monde. Dès 1933, une musique officielle est imposée par la force. Les compositeurs germaniques, Wagner et Bruckner en tête, ont droit de cité, tandis que les Juifs, “déviants” et autres modernes sont exclus d’une vie artistique aryanisée. Les partitions de Mahler ou de Mendelssohn disparaissent ainsi du répertoire des orchestres et des musiciens contemporains sont également interdits car jugés “dégénérés”, donc incompatibles avec la doxa nationale-socialiste. Voués au silence, leurs destinées sont multiples : ils fuient sous d’autres cieux, travaillant, comme Korngold, pour Hollywood, se murent dans le mutisme d’une “émigration intérieure” ou sont déportés dans des camps comme Terezín (ou Theresienstadt), une vitrine, un “camp modèle” visant à mystifier la communauté internationale, où s’épanouissait une vie artistique intense.

Leur musique ressurgit aujourd’hui des limbes dans toute sa diversité : œuvres teintées de jazz, escapades futuristes, pages influencées par Schönberg… Le festival entraine son public au cœur de cette fascinante terra incognita, de l’expressionnisme jubilatoire du Concerto pour piano de Viktor Ullmann (10/11 par Nathalia Romanenko et l’Orchestre national de Lorraine) aux couleurs vives du Quatuor à cordes n°1 de Hans Krása (13/11 par le Quatuor Béla) qui inspira ce jugement au célèbre musicologue Roland-Manuel : « Son univers magique est entièrement dominé par l’esprit de la poésie ironique, qui tourne parfois en ridicule son propre pouvoir de fascination. » Notre coup de cœur ? Un concert éminemment viennois de l’ONL (15/11) avec le Concerto pour violon “À la mémoire d’un ange” que Berg écrivit pour rendre hommage à Manon Gropius, disparue à 18 ans, comme un aller-retour entre les exubérantes lumières de la vie et l’obscurité de la mort. Également au programme de cette soirée, la Kammersymphonie de Zemlinsky ressemble à une réflexion sur les derniers feux d’un monde prêt à plonger dans les ténèbres.

À Metz, à L’Arsenal, du 10 au 15 novembre
03 87 74 16 16 – www.jetaimeichauchnicht.com
www.orchestrenational-lorraine.fr

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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