Loco Flamenco

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© Hugo Gumiel

Légende vivante du nouveau flamenco, Israel Galván signe avec Fla.co.men un spectacle-emblème où la danse se fait souffle et cri.

Dans son costume de scène immuable, tout de noir vêtu, le Sévillan poursuit sa réinvention du flamenco. À 43 ans, Israel Galván n’a rien perdu de sa superbe. Avec ses allures de toréador fier à la cambrure dorsale majestueuse, il déploie savamment ses spirales inspirées, cadencées par des claquements de doigts. Les estocades de ses talons martelant le sol d’une rythmique puisée dans plusieurs siècles de tradition flamenca sonnent comme un talisman secret. Il convoque ici cet art total né chez les Gitans andalous qui séduit tant dans son rapport physique à l’espace – ses bras en arc de cercle défiant le vide l’animent d’une vie invisible –, que dans son aspect terrien qui nous ferait presque voir de la poussière sortir du plateau. Mêlant l’élégance et la grâce, le danseur réunit puristes et grand public avec ses gestuelles obsédantes, saccadées et pourtant fluides, maîtrisant cette incroyable synthèse entre l’âge d’or du genre, son épure moderne et la grande liberté de la danse contemporaine.

© Hugo Gumiel

À l’instar de son ainé Andrés Marín, Israel Galván dédie sa vie à une recherche d’authenticité et de perfection en dépouillant le flamenco de sa “grammaire”, des faux-semblants dont elle s’est entachée au fil des années. Après l’engagé Le Réel / Lo Real / The Real où, accompagné de treize musiciens, chanteurs et deux danseuses, il évoquait le génocide des Gitans par les Nazis, le chorégraphe secoue une nouvelle fois les bases de son Art dans Fla.co.men, recherche du son passant par le corps. En quête de vibrations, il la joue flaco (maigre en espagnol) mais pas solo, lo-fi avec un seul pupitre et une chaise pour accessoires, accompagné par des musiciens et chanteurs hors pair avec lesquels se noue une relation d’écoute fusionnelle. Danseur star, il sait se faire showman, jouant avec son public de ses effets et d’un humour étudié l’amenant à se moquer de lui-même et de son flamenco new-style et freestyle façon « tortillas ».

© Hugo Gumiel

Rien de plus simple quand on a cette classe naturelle d’un corps entièrement habité par la rythmique du mouvement et du son, une dextérité aussi effarante que son aisance rendant simples et naturels chaque claquement de doigt, frappe dans ses mains, tape sur son corps ou pas sur le plateau sonorisé. Galván emplit l’espace qu’il fend, bouscule l’air qu’il remplit de vie et d’histoires avec sa jam session latino façon gipsy se terminant en concert performatif endiablé, et toujours inspiré.

À la MALS (Sochaux), mardi 24 janvier
www.mascenenationale.com

Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste
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