Les Bas-fonds

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© Éric Legrand

Pépite de l’édition 2015 du Théâtre du Peuple de Bussang, L’Opéra de quat’sous monté par Vincent Goethals se pose à Metz pour deux soirées. L’occasion de (re)découvrir une mise en scène fluide et délurée.

À sa création, en 1928, L’Opéra de quat’sous adapté du Beggar’s Opera (opéra des gueux) de John Gay, obtint d’emblée un immense succès : synthèse audacieuse de l’opéra, de l’opérette, de la tragédie et du cabaret, l’œuvre de Bertolt Brecht et Kurt Weill se nourrit de tous ces styles pour composer un tableau saisissant de la société allemande quelques années avant l’avènement du nazisme. Convaincu de l’intemporalité du propos, le metteur en scène Vincent Goethals a choisi de s’inspirer « du film culte de Stanley Kubrick Orange mécanique, c’est-à-dire de transposer l’action dans la vision futuriste d’une Angleterre des années 1970 / 1980, parce qu’à la fois toujours actuelle, mais aussi très stylisée dans sa décadence paroxystique et sa violence exacerbée ». Sur la scène Mackie-le-Surineur et ses sbires sont ainsi vêtus comme Alex et ses droogies, tandis que Polly Peachum et Lucy Brown font penser à une Emma Peel un brin populo et qu’un sexe dressé à bascule, tout droit sorti du film, dodeline de manière burlesque. Dans une atmosphère crépusculaire, où l’hystérie se fait parfois noire et excessive, évoluent des personnages interlopes : prostituées en cuir & cuissardes, faux mendiants en tous genres ou encore flics véreux. Même le chef de la police est corrompu, c’est dire.

L’ensemble musical est très restreint – mais efficace – tandis que les dialogues en français sont extraordinairement crus, faisant écho à la raideur du propos de Brecht ainsi résumée par le directeur du Théâtre du Peuple : « Dans ce monde où tout est pourri, où l’on ne peut plus se fier à personne, quel avenir pour notre humanité en déliquescence ? » Et de poursuivre : « Si ce n’est que chacun en a la responsabilité… » Tous sont entraînés dans cette farandole désespérée où comédiens amateurs et professionnels se mêlent avec brio : on apprécie tout particulièrement le timbre gracile de la chanteuse strasbourgeoise Mélanie Moussay qui incarne une Celia Peachum arpentant la scène (et la salle) avec ses infâmes bigoudis et réussissant à prendre une voix grasseyante de poissonnière dans les parties parlées, résumant à elle seule l’alliance de grâce et décrépitude qui fait le charme du spectacle.

À Metz, à l’Opéra-Théâtre, vendredi 2 et samedi 3 octobre
03 87 15 60 60
www.opera.metzmetropole.fr

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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