Le retour de la mouche

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Pour Polnareff, « la musique est une belle salope » qui l’a longtemps appelé au beau milieu de la nuit, l’empêchant de dormir. Cet obsédé de la belle mélodie a le mal du pays : il revient en France pour y interpréter ses standards.

 

Lettre à France, Tous les bateaux, tous les oiseaux, L’Amour avec toi ou l’amusante La Mouche… Pas naze, l’auteur du Bal des Laze a écrit quelques pépites de la chanson française. Nous aimons Polnareff pour ses luxueuses orchestrations, cette voix claire qu’il parvient à faire monter si haut (« Je suis fouououou de vous »), son style qui lui colle à la peau, quitte à le transformer en caricature de lui-même. Lunettes blanches, tenues excentriques, cheveux permanentés et mèches blondes… « Je me suis composé un visage pour me satisfaire et vivre en accord avec moi », affirme-t-il dans sa récente autobiographie, Spèrme, avec un accent grave, comme dans père, car il est beaucoup question de cette figure. Sous quelle étoile sois-je né ? se demandait-il en chanson en 1967. Un mauvais astre, selon lui : « Mon enfance fut une telle catastrophe ! » se souvient celui qui fut contraint par son père autoritaire et violent à apprendre très tôt le piano, instrument… de torture pour un gamin de quatre ans. Pour répondre à son exigence, il se devait « de viser l’excellence ».

Ainsi, Michel Polnareff perçoit son succès comme une revanche sur son paternel musicien (il travailla pour Trenet, Piaf ou Montand) dont il héritera du perfectionnisme maladif. Une qualité lorsqu’on réécoute sa discographie, depuis son premier tube, La Poupée qui fait non (1966), marquée par la pop anglaise. Pour ce grand mélodiste (il n’y a qu’elle qui « compte »), « le classicisme n’interdit pas l’innovation ».

L’« homme à femmes » a beaucoup chanté pour elles, semblant les implorer Love me, please love me à chaque couplet de ses pièges à filles. Sa notoriété vient aussi de ses coups d’éclats : ce postérieur affiché en grand comme un « hommage à la raie-publique » et qui a secoué la France puritaine « coincée du cul » du début des seventies, ses titres qui firent scandale (L’Amour avec toi, ce qui fait bien sourire aujourd’hui), sa mégalomanie (humble, il se prétend « plus intelligent que pas mal de gens »), sa fuite aux États-Unis après quelques problèmes financiers, sa vie privée exhibée dans les magazines people… Cet angoissé qui a longtemps tenté de calmer ses tourments avec l’herbe, la vodka ou le whisky vit toujours à Los Angeles où il a cherché à redevenir un inconnu. Il s’offre un come-back en France, son pays de cœur, nous donnant l’occasion de découvrir sur scène une figure éternelle de la chanson. Immortelle. « Quand mon corps s’éteindra […], je voudrais être conservé dans l’azote. Au cas où on pourrait me rallumer ! »

Spèrme, édité par Plon (16,90 €)

www.plon.fr

À L’AccorHotels Arena (Paris), du 7 au 11 mai

www.accorhotelsarena.com

 

Au Galaxie (Amnéville), mercredi 18 mai

www.le-galaxie.fr

 

Au Zénith (Strasbourg), mardi 24 mai

www.zenith-strasbourg.fr

 

Au Zénith (Dijon), jeudi 26 mai

www.zenith-dijon.fr

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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