La possibilité d’une rime

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Beats acérés, textes désabusés, effluves alcoolisées… Le trio houellebecquien Odezenne fiche une claque au rap français. À découvrir dans le cadre du festival electro hip-hop Freeeeze.

Avec des paroles comme « J’suis l’étalon, t’es l’canasson », votre titre Tu pu du cu est-il une réponse à J’temmerde de MC Jean Gab’1 ?

Pas du tout, c’est un ego trip, un exercice de style. Personne n’est visé, c’est du jeu : nous sommes d’ailleurs maquillés en clowns dans le clip. Ça n’est pas sérieux.

Sans Chantilly est le titre de votre premier album. Est-ce également un parti pris esthétique ?

Nous essayons de faire les choses sans fioritures. Quand tu as une bonne viande, c’est inutile de mettre de la sauce dessus. Nous voulons composer des morceaux avec nos petits moyens, sans colmater de brèches avec des gadgets.

Le clip de Vilaine, sur votre dernier long format, Dolziger Str. 2, met en scène des noceurs interrompus par des soldats. La fête est finie ?

Elle continue ! Odezenne, c’est une bataille en temps de guerre. Aujourd’hui la fête est une réaction presque révolutionnaire : elle a pris un autre goût et donne de l’espoir aux gens.

Le dernier morceau du disque se nomme On naît on vit on meurt : vision un peu pessimiste…

C’est une façon de dire qu’il faut prendre les choses de manière pragmatique et profiter de l’instant présent. Chaque minute est précieuse. Est-ce que nous portons un regard acide sur le monde ? Pas spécialement, il reflète la réalité… qui ne nous pèse pas plus que ça. Dans nos vies, il y a plus de joie que de peine.

« Saxophone, phonographe, graff de fou, foule de gens », etc. Sur l’album OVNI, Saxophone sonne comme Marabout de Gainsbourg. Avec Dolziger Str. 2, l’écriture est différente. On y navigue entre propos terre-à-terre et onirisme…

Saxophone utilise le même procédé poétique, la même figure de style que Marabout. Avec ce morceau, nous avons mis en place un procédé compliqué, mais rapidement identifiable par l’auditeur. Sur notre nouveau disque, nous nous sommes imposés beaucoup de contraintes, mais qui ne se voient pas. C’est signe de maturité… Nos textes sont très complexes, mais semblent extrêmement simples. Nous n’avons pas vraiment de méthode : certaines chansons sont écrites très rapidement, d’autres plus lentement. Les membres du groupe – les deux chanteurs et le producteur – font sans cesse des allers-retours. Il s’agit d’une écriture à six mains, entre évocation et concision.

Dans vos chansons, il est question de babines et de rétines, de bruit, de goût et de sueur. Les sens sont convoqués…

Nous cherchons surtout à faire passer des émotions. Lorsque nous écrivons, nous posons le décor, les ambiances et les sensations. Les sens sont universels : c’est un bon chemin vers une compréhension par tous.

Les spiritueux sont aussi très présents. Avec la Vodka ou les grands crus, les contours deviennent flous, les choses se dédoublent, deviennent vaporeuses…

Nous ne sommes pas des alcooliques notoires, mais l’alcool désinhibe et entre dans le processus de création. Lors d’une soirée, on va picoler pas mal et, en état d’ébriété, nous allons vivre des choses qu’on va pouvoir retrouver dans nos morceaux. Nous aimons beaucoup le whisky et, lorsque nous avons composé notre album dans l’Est berlinois, il n’y avait que de la vodka dans les bars. C’est de là qu’est né le morceau Vodka. Et c’est vrai que ça réchauffe !

Vous vous réinventez à chaque disque : à quoi ressemblera le prochain ?

Nos expériences et notre vie de tous les jours nous ammènent des histoires, des pensées, des raisonnements. Pour l’instant, nous n’avons aucune idée de ce que sera notre futur album. Nous espérons que nous allons encore grandir et évoluer. La révolution, c’est ne jamais rester au même endroit !

âpre rap

Écriture automatique ? Cadavres exquis ? Punchlines en canette de 33cl ? Sur fond d’electro spleenique, Odezenne décrit un monde en camaïeux de gris, de cieux pluvieux, de grincements de dents. Ode triste à la Vodka (« Vodka / Dans un gros tonneau / Attaquer mon foie / Au chalumeau / Souder les sanglots »), auto-flagellation (« À quoi bon aller loin / J’ne sais même pas d’où je viens », Satana), ritournelle discoïde azimutée (Bouche à lèvres)… le troisième album du trio, enregistré à Berlin, mêle propos crus, humour noir et poésie du troisième type. Au programme : sexe, mort et cuites carabinées.

Dolziger Str. 2, édité par Tôt ou Tard

www.totoutard.com

www.odezenne.com

À L’Autre Canal (Nancy), samedi 27 février, dans le cadre du festival Freeeeze du 29 janvier au 27 février (avec Method Man & Redman, Seth Gueko ou Perturbator), à La Rockhal (Luxembourg), à la Patinoire et à La Souris Verte (Épinal), à La BAM et aux Trinitaires (Metz), au Gueulard+ (Nivlange), au Hublot (Nancy)…

www.lautrecanalnancy.fr

www.freeeeze.com

Et aussi :

À La Cartonnerie (Reims), vendredi 12 février

www.cartonnerie.fr

Au Moloco (Audincourt), samedi 13 février

www.cartonnerie.fr

 

À La Vapeur (Dijon), vendredi 1er avril

www.lavapeur.com[/box]

 

 

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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