La Rue est à Vous

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L’asso Juste Ici, emmenée par le typographe et graphiste Thomas Huot-Marchand, déploie de tentaculaires parcours artistiques dans (et avec) l’espace public, à Besançon, pour la 6e édition de Bien Urbain.

Il est l’invité de marque de cette année 2016. L’espagnol Escif s’empare des murs comme des totems par lesquels il interpelle les badauds, détourne les codes de la communication de masse, offre une alternative à la captation du temps de cerveau disponible par les petits et grands écrans, s’immisce dans les interstices de l’ultra saturation de signes contraignant pensée et comportements dans des rues prises en otage des signalisations urbanistiques et des panneaux d’affichage. Depuis plusieurs années, Bien Urbain rebat les cartes du rapport entretenu par les citoyens avec leur espace immédiat, celui qu’ils partagent avec leurs amis, voisins ou simples inconnus. Une démarche que partage aussi Radya, street artist russe détournant à foison les grands panneaux publicitaires dont il fait tomber les affiches pour dévoiler des arbres peints (Something is always hidden), écrivant au néon comme à la bombe des slogans poético-politiques (« If only I could embrace you, but I’m just a text », « Hey You / Love / Me ») au cœur de cités de l’ancienne URSS.

SAM3

SAM3

Plus humaniste et illustratif se fait SAM3 usant de son art de la peinture pour dénoncer le sort des migrants et le joug broyant les hommes tels l’hyper industrialisation et l’individualisme morne. Une veine qui se retrouve chez Daniel Muñoz, aka San, peintre et illustrateur déjà présent lors de la première édition de Bien Urbain. La force de ses compositions grand format en des lieux insolites qu’il choisit et dévoie avec soin, touche le plus grand nombre par ses décalages mais aussi et surtout par sa patte graphique saisissante, intrigante et fascinante : des dizaines de personnages alignés comme à la parade, nous regardant dans les yeux, d’immenses silhouettes de dos ou encore des maîtres de cérémonie chamaniques dansant entre béton et bitume… Grinçant et violent malgré leur palette de couleurs primaires et souvent criardes, le duo napolitain Cyop & Kaf investit avec bonheur les quartiers populaires où ils laissent les traces d’un regard amusé mais non moins tranchant sur la vie quotidienne. En des mondes étranges et oniriques, les individus sortis de leur imagination portent leurs têtes au bout de piques (mais sans douleur) et sont le plus souvent liés par des cordes contraignantes plaçant l’homme face à ses doubles maléfiques. Un univers que ne renierait pas Wasted Rita, portugaise peignant messages féministes sarcastiques (Dream on, sucker) et volontairement crus dans des lettres d’amour et de rupture aussi cash les unes que les autres, preuves d’un regard désabusé mais non moins joyeux sur la faiblesse et la rudesse des relations humaines.

Dans les rues de Besançon et Chez Urbain (point de rencontre éphémère), du 3 juin au 30 juillet – www.bien-urbain.fr

Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste
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