La Passion selon Wim

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Pour les 30 ans de sa compagnie, le chorégraphe Wim Vandekeybus s’offre Speak low if you speak love…, ode à l’amour, tourmentée et charnelle.

Figure de proue détonante de la danse contemporaine flamande, Wim Vandekeybus a eu plusieurs périodes artistiques. Son goût pour les corps debout, les courses et les sauts vertigineux à l’horizontale, le tout dans une absence totale de répit pour ses danseurs, essorés par l’intensité extrême demandée par le chorégraphe, marquèrent la fin des années 1980. La puissance animale et une violence certaine remplissent ses pièces qui se garnirent plus récemment de musique live et, avec plus ou moins de réussite, de textes et de jeu quasi théâtral avec ses grandes figures mythologiques1. Dans Speak low if you speak love… – réplique empruntée à Shakespeare dans Beaucoup de bruit pour rien – il livre une succession fantasque de tableaux explorant l’amour par le prisme de la passion. Forcément débordante. Totalement acharnée. Furieusement charnelle. Indubitablement dévorante.

speaklowifyouspeaklove_copyright_danny_willems-4Accompagnés par Mauro Pawlowski, guitariste du groupe dEUS qui était déjà de l’aventure nieuwZwart, mais aussi par la chanteuse sud-africaine Tutu Puoane, huit danseurs se livrent à un opéra-rock frôlant allègrement le déjanté en revisitant la tradition classique. Qu’ils portent un tissu sur la tête ou qu’ils soient totalement nus, les hommes et les femmes traversant le plateau se cherchent et s’échappent pour ne pas s’écharper. S’attrapent et se cognent, s’empoignent par les pognes. Amour des feintes, insaisissables faux semblants, les corps sont comme possédés par l’envie qui déborde, entraînés par une psalmodie proche du sabbat chanté par l’envoutante Tutu Puoane. À deux doigts de sombrer dans la transe chamanique par une musique entêtante et des mots scandés sur fond de drapés de soie tombant des cintres, Speak low if you speak love… est rythmé de ruptures incessantes créant des instants de pure magie (des duos dans lesquels le simple contact d’un corps insuffle une énergie de vie, des portés et des jetés endiablés symbole d’attirance passionnée) comme de simples distractions nous détournant de tout, jusqu’à perdre le fil emmêlé d’une dramaturgie discontinue. Surnagent quelques images d’une battle de clapping corporel digne des Stomps, un massif Viking hurlant, ahuri, comme pour demander des comptes aux anciens Dieux dans un déluge de brutalité pure, des nuées d’élans intimes qui se frôlent avec douceur… Il en va de la passion comme de la vie qui regorge de pulsions et de démesure, de contrôle et de lâcher prise.

Au Carreau (Forbach), lundi 12 décembre
www.carreau-forbach.com

 
À La Filature (Mulhouse), mercredi 14 décembre
www.lafilature.orgwww.ultimavez.com

  1. Lire Œdipe m’a tuer dans Poly n°140
Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste
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