EXTRADANSE, African Mood

Kalakuta Republik, d.r.

L’Afrique est au cœur de la 4e édition du festival EXTRADANSE qui réunit pionniers de la danse contemporaine, performeurs à suivre et jeunes pousses culottées.

Bien installé dans le paysage chorégraphique du Grand Est, EXTRADANSE, le rendez-vous des amateurs de découvertes corporelles d’horizons lointains, prend de beaux atours africains. Honneur au grand Fela Kuti auquel Serge Aimé Coulibaly rend un hommage jubilatoire. Le chorégraphe de Kalakuta Republik (17 & 18/04, Pôle Sud) s’empare de la fièvre afrobeat du créateur de cette république utopique et indépendante au Shrine, son club de Lagos. Les vibrations du saxophone se répandent au plateau et animent des corps habités par une rage hypnotique, une envie de révolution esthétique et politique. Aussi sensuel et engagé que Fela, l’avant-garde africaine se déploie ici dans tous ses excès, ivre de liberté, de sexe et d’alcool. Autre grand nom, Salia Sanou se penche avec pudeur et empathie sur l’exil (Du Désir d’horizons, 05 & 06/04, Pôle Sud). Autour d’empilements de lits de camp de fortune, il livre le fruit de ses rencontres avec des réfugiés maliens au nord du Burkina Faso. Poésie et force de vivre, joie d’enfants, marches épuisantes, états de corps perdus, pieds ancrés dans le sol et volonté de s’échapper de sa condition, au risque du plus grand des périls. Non moins connue mais plus rare ces dernières saisons, la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin signe son grand retour avec un solo au titre impossible : And so you see… our honorable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… (06 & 07/04, TNS).

Le danseur, performer et “songoma” (guérisseur traditionnel) Albert Ibokwe Khoza s’y dévoile sous toutes les coutures, multipliant personnages et points de vue modifiant sans cesse la place des spectateurs (complices, voyeurs…). Un ogre scénique déchirant des oranges et jouant du grotesque qui emporte tout sur son passage. Homosexuel revendiqué, il exhibe ses formes XXL, filmées en gros plans ou emballées dans du film plastique, se fait reine nubienne ou diva autoritaire dictant à deux spectateurs de la laver avec vaporisateurs et gants en latex. De vrais actes politiques questionnant pêlemêle le regard, le genre, l’identité, sa place et son rapport à l’autre comme à l’inconnu ou à ce qui nous est étranger.

Enfin, ne manquez pas la dernière création de Dorothée Munyaneza, déjà venue à EXTRADANSE en 2016, l’éblouissante chorégraphe du sombre Samedi détente. Dans Unwanted (10 & 11/04, Théâtre de Hautepierre, dès 16 ans), elle revient sur scène accompagnée d’une chanteuse afro-américaine (Holland Andrews) et d’un compositeur (Alain Mahé) pour conter les viols et leurs conséquences générationnelles : la difficulté de vivre avec ce traumatisme – comme avec les enfants nés de ces crimes – et de porter l’histoire de ces violences. Des témoignages bruts dans une économie d’effets qui tranchent avec le flot de matières environnantes qui cogne, gratte, frappe, grince et tremble dans un frémissement de notes hachées et de corps hantés.


À Pôle Sud, au Théâtre de Hautepierre et au TNS (Strasbourg), du 5 au 19 avril
pole-sud.fr

> Rencontre avec Salia Sanou à l’Université de Strasbourg, au Portique, vendredi 6 avril à 14h30
> Projection du documentaire Finding Fela! signé Alex Gibney, dimanche 15 avril au Cinéma Star à 17h

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