Entre Orient et Occident

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© Marco Borggreve

Interprète de génie et compositeur dont les racines plongent profondément dans l’histoire et le folklore turcs, Fazil Say donne quatre concerts dans la région. L’occasion de découvrir les multiples facettes de son talent.

Si Fazil Say est connu du grand public, c’est plus en raison de ses démêlés avec la justice turque – une condamnation à dix mois avec sursis pour insulte à l’islam après des tweets jugés blasphématoires, annulée par la juridiction suprême du pays, fin 2015 – que pour ses qualités de musicien. Et c’est fort dommage… L’erreur est aisément réparable avec un récital rassemblant des pages de Debussy et Chopin (à Baden-Baden) où l’on découvrira le french spirit d’un artiste qui prit ses premières leçon au clavier avec un élève d’Alfred Cortot et son romantisme inspiré – voire échevelé – ou un concert avec le Collegium Musicum de Bâle pour un programme où le classicisme de Mozart entre en résonance avec la Rhapsody In Blue de Gershwin. Son idéal pour cette dernière œuvre ? Leonard Bernstein qui l’interprétait, selon pianiste turc, « comme s’il jouait pour une femme, tard dans la nuit, assis au piano, cigarette au bec et verre de whisky devant lui ».

Jazzman, improvisateur éblouissant et compositeur : Fazil Say quitte régulièrement les rivages bien balisés du “grand répertoire”. On lui doit notamment un oratorio sur le poète Nâzım Hikmet ou Fenerbahçe, surprenante pièce pour chœur, piano et orchestre célébrant un des plus fameux clubs de football d’Istanbul. On pourra découvrir son art (à Dijon et Stuttgart) avec le Silk Road Concerto, partition pour piano et orchestre de chambre entraînant l’auditeur sur la Route de la soie. Évocation des caravanes qui parcourent une steppe pelée d’un pas lent et chaloupé, de cet orient rêvé où les dômes des mosquées de Samarkand scintillent dans le couchant bleuté… Pour rendre cette atmosphère onirique encore plus prégnante, le compositeur a utilisé divers éléments musicaux folkloriques créant une impression étrange, où les cultures jouxtant cette artère qui joint l’Orient à l’Occident semblent se fondre dans un creuset au centre géographique indéterminé, quelque part entre Ankara, Chiraz et la Khyber Pass. Les quatre mouvements nous entraînent ainsi du Tibet à l’Anatolie en passant par l’Inde et la Mésopotamie.

Au Festspielhaus (Baden-Baden), vendredi 19 février
www.festspielhaus.de
Au Stadtcasino (Bâle), jeudi 10 mars
www.stadtcasino.ch
www.fazilsay.com

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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