Empire of the lights

Ganzfeld Apani, Museum Frieder Burda, 2018 © James Turrell. Photo : Florian Holzherr

Conçue en étroite collaboration avec l’artiste, l’exposition du Museum Frieder Burda The Substance of Light est une immersion dans les espaces lumineux et métaphysiques de James Turrell.

Il y a quelque chose de religieux dans la première station de l’exposition James Turrell (né en 1943), une installation nommée Apani appartenant à la série Ganzfeld. Le visiteur est invité à mettre des surchaussures en tissu blanc. Ainsi équipé, il peut gravir quelques marches et entrer dans une vaste pièce. Un autre univers, un ailleurs indéterminé qui laisserait à penser qu’il vient de pénétrer dans un tableau de Mark Rothko, où les frontières spatiales sont abolies. Selon le philosophe George Didi-Huberman1, « James Turrell s’est intéressé très tôt à la notion de Ganzfeld utilisée en psychologie expérimentale de la vision. L’expérience du Ganzfeld est pour l’objet celle d’une lumière qui impose progressivement son atmosphère, puis sa masse et sa compacité, enfin sa tactilité. » Perdus tout d’abord, puis apaisés et méditatifs, nous voguons dans un espace chromatique vibratoire se modifiant avec douceur. Voilà belle illustration du credo d’un homme qui définit sa création en deux mots : « Perceptual Art ». Évocation de la colorfield painting (dans une pièce historique de la série Wedgeworks), travaux sur papier rarement montrés faisant penser au mélange de la raide abstraction géométrique d’Ellsworth Kelly et de la quête d’un outre-monde chromatique de Pierre Soulages ou encore hologrammes en deux dimensions présentés pour la première fois : James Turrell manie avec maestria la lumière qu’il a érigée en medium de prédilection.

Raethro Green, 1968 © James Turrell. Photo : Florian Holzherr

Peut-être faut-il trouver l’origine de son travail dans son éducation quaker, religion dont la quête est celle de la lumière intérieure. C’est à un tel voyage qu’invite Accretion Disk2, installation devant laquelle on peut rester de longues minutes, l’esprit flottant agréablement. Puis tout le corps. Créée spécialement pour l’exposition, cette pièce hypnotique permet d’expérimenter la lente métamorphose de la couleur. Un passionnant espace documentaire – avec plans, maquettes et photographies – est aussi dédié au Roden Crater, un volcan éteint du désert de l’Arizona acquis par l’artiste en 1977, qu’il transforme depuis en observatoire de la lumière céleste, creusant galeries et escaliers pour observer le ciel, se rapprochant de la démarche spirituelle des indiens Hopis qui le passionne. Sont aussi présentés ses Skyspaces, versions miniatures de son grand œuvre (pas encore ouvert au public). Il s’agit d’espaces clos et neutres – autonomes ou intégrés dans une architecture intérieure – ouvrant sur le ciel, permettant sa sereine contemplation.


1 Auteur d’un essai sur l’artiste, L’Homme qui marchait dans la couleur (Les Éditions de Minuit, 2001) – leseditionsdeminuit.fr

2 Un disque d’accrétion est une région discoïdale située autour d’une étoile à neutrons ou d’un trou noir, dans laquelle s’accumule et tourbillonne la matière capturée par accrétion avant de tomber sur l’astre

Au Museum Frieder Burda (Baden-Baden), jusqu’au 28 octobre
museum-frieder-burda.de
jamesturrell.com

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