Drôle de mine

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La Matière noire de l’artiste Baptiste Debombourg envahit La Chaufferie strasbourgeoise. Une œuvre immersive constituée de plaques de verre couleur charbon… où brille une lueur.

Catalogues de La Redoute troués, téléviseurs empalés, cimaises fracassées, Yamaha 125 démontée… Si la notion de destruction innerve son travail, Baptiste Debombourg s’attache moins au carnage qu’au remodelage, à la dégradation qu’à la reconstruction. « La violence pure ne m’intéresse pas : elle est présente partout », explique-t-il. En récupérant des objets usuels défectueux, le plasticien parisien donne une seconde vie aux choses, évoquant une « résurrection ». Il se considère comme un sculpteur qui enlève et ajoute de la matière. Ou comme un peintre, apposant des touches colorées dans l’espace, avec des problématiques propres à la peinture : « Composition, profondeur de champ, question de la représentation… » Et de citer le Grand Verre « que Marcel Duchamp jugeait comme une peinture, une œuvre incluant l’accident – lorsqu’il s’est brisé en le transportant d’une expo à une autre – dans sa démarche. » Pour La Chaufferie, galerie d’exposition de la HEAR, l’artiste expérimentateur a créé un « espace pictural », une installation constituée d’une multitude de pare-brises endommagés peints en noir qui jonchent le sol et viennent recouvrir le mur, comme un monticule de charbon (clin d’œil à l’ancienne chaufferie), une carrière de marbre, une coulée de lave. Ou une galaxie : le titre de son expo fait référence à la matière inconnue, composante de l’univers. Son travail réanime « l’esprit du lieu qui alimentait en énergie les habitations aux alentours » en même temps qu’il cherche à représenter l’irreprésentable, la matière noire. « Les artistes ont toujours essayé de peindre ce qui nous échappe », affirme Debombourg, insistant sur la place prépondérante qu’occupent les sujets religieux dans l’Histoire.

 

Il multiplie les projets contextuels (place du Bouffay à Nantes, la boutique Margiela de Miami…) et modifie les espaces, offrant une « expérience sensible » au visiteur. Celui-ci pénètre dans la galerie, avance prudemment, comme sur la banquise, dans un bruit de verre crissant sous son poids. Le plasticien évoque l’aspect « fascinant d’un matériaux paradoxal, à la fois dangereux, lourd et fragile, son reflet, son lien avec la lumière » ainsi que sa forte « charge émotionnelle », les vitres cassées renvoyant irrémédiablement aux accidents de la route. L’artiste insiste : son travail n’est pas si noir. D’ailleurs, un grand écran immaculé et géométrique – permettant à chacun de s’y projeter, s’y inscrire – a la semblance d’un diamant scintillant au beau milieu d’un tas de charbon. Un éclat lumineux au fond d’une étrange mine. Une étoile luisant dans la sombre immensité du cosmos.

À Strasbourg, à La Chaufferie, du 2 octobre au 15 novembre (dans la cadre de la Biennale du Verre, du 15 octobre au 29 novembre – www.biennaleduverre.eu)

03 69 06 37 67

www.hear.fr

www.baptistedebombourg.com

Matière noire est le premier volet d’une trilogie, avec Champ d’accélération (16/10-23/01) à la Maison Rouge (Paris) et Radiance, (24/10-25/11) à la Galerie Patricia Dorfmann (Paris), où il présentera le fruit de sa collaboration avec les élèves de l’Atelier Verre de la HEAR durant sa résidence à Strasbourg en septembre

www.lamaisonrouge.org

www.patriciadorfmann.com

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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