Dark wave

© Sean Fennessy

Avec des pages de Gruber, Satie, Herrmann et Chostakovitch, le directeur musical de l’OPS Marko Letonja a composé un programme où se déploie une dramaturgie noire.

Pour Marko Letonja, il est essentiel de construire un concert où les œuvres entretiennent des affinités profondes, de ciseler des dialogues entre les différentes partitions choisies. Aux soirées monographiques ou fondées sur une thématique évidente – l’orientalisme, l’âme russe… – il préfère les rencontres délicates. Avec ce programme qui a la semblance d’un diamant noir, le chef slovène propose un des rendez-vous les plus excitants de la saison. Il débute par Parade d’Erik Satie, excentrique de génie dont l’art était néanmoins corseté de finesse et d’exigence qui affirmait : « Je suis venu au monde très jeune dans un temps très vieux. » Ce ballet pour lequel il collabora avec Cocteau et Picasso fut, à sa création en 1917, un immense… scandale. Une atmosphère similaire irrigue Frankenstein !! de Heinz Karl Gruber avec son « côté éminemment burlesque et “anarchique” » selon Marko Letonja. Pour le compositeur (et chansonnier qui sera sur la scène du PMC), il est « primordial d’écrire une musique contemporaine qui ne soit pas éloignée du public et donc de trouver un langage permettant d’être “compris” des auditeurs, à l’image de ce que firent, à leur époque, Kurt Weill ou Hanns Eisler ». Et de poursuivre, lorsqu’on lui demande de résumer l’esprit de sa partition : « On pourrait parler de cabaret macabre dans lequel certaines figures issues de l’univers enfantin – Batman et Robin, Miss Dracula, Frankenstein, James Bond… – servent à une critique politique radicale. Dans cette version moderne des contes pour enfants, les personnages sont déformés et rendus presque méconnaissables. »

Le “cabaret” se poursuit avec une musique tirée de Vertigo (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock écrite par son compositeur fétiche Bernard Herrmann, page hypnotique qui précède la Symphonie n°6 de Chostakovitch que Marko Letonja qualifie de « “réponse russe” à la musique du Paris des années 1920 de Satie. S’y trouvent des éléments burlesques, sombres et grimaçants. Chostakovitch se montre sarcastique, combine pathos et satire, contemplation et énergie fébrile. En lisant entre les lignes, se découvre aisément une vision très peu officielle de la vie en URSS à cette époque. Tous le comprirent et l’œuvre fut longtemps mise à l’écart. » Avec cette page grinçante, surnommée la “symphonie sans tête”, la boucle est bouclée.

À Strasbourg, au Palais de la musique et des congrès, jeudi 27 et vendredi 28 mars

03 69 06 37 06

www.philharmonique.strasbourg.eu

 

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